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09/05/2007

La vie selon Rubik

4505912b185d6d3f35b37318d5168a76.pngVous ne le savez peut-être pas mais le Rubik Cube a été inventé par un Hongrois du nom de Erno Rubik. Une véritable institution que cet objet à six faces chez nous. A Uni Stl chaque famille possède son cube et chaque dimanche nous organisons le concours de rapidité célèbre dans la région. J’avoue modestement faire partie des cinq meilleurs de la discipline et me rapproche à grands pas de la « Biche dorée » empaillée (très rare dans nos sombres contrées) que le vainqueur reçoit à la fin de l’année. Je compare souvent notre vie à un Rubik Cube. Aussi complexe, difficile et avec autant de facettes.

Prenez Izabella par exemple. Izabella enseigne à Budapest et doit prendre la crémaillère tous les jours pour un trajet d’une heure trente. Elle est la seule dans le village à travailler à l’extérieur ce qui lui confère une notoriété non négligeable en tant que « dame qui connaît beaucoup de choses et voyage beaucoup ». Elle a bien tenté de travailler à l’école du village mais il devenait trop dur de s’adapter à l’enseignement local car le bois comme unité mathématique, les articles de la production forestière comme sujets de dictée ou encore l’étude des champignons comme sujet scientifique limitaient quelque peu ses perspectives d’avenir. Et donc tous les jours, munie de son Rubik Cube, elle prend la crémaillère et se rend dans la Capitale. Décrire ses journées là-bas devient chaque vendredi l’occasion d’écouter les coutumes locales. Ce qui représente pour nous, habitants d’Uni Stl, un spectacle plus excitant encore que la projection à la salle paroissiale. Elle nous raconte ainsi que les gens là-bas évitent les allées empierrées des parcs publics pour marcher sur l’herbe afin de ne pas avoir de la poussière sur les chaussures. Ils marchent ainsi en file indienne, la cravate au vent et le menton conquérant dans une procession étrange qui rappelle la marche comique des oiseaux du grand Nord. On rigole bien avec Mozes en regardant nos chaussures crottées semant des galettes de terre rouge quand nous revenons du bois. Pour ces seigneurs de la capitale, les six faces du Rubik Cube sont unies. Pour nous les faces du Rubik Cube sont complètement mélangées et le travail s’annonce ardu pour remettre tout en état. Izabella ne semble jamais aussi heureuse que quand elle rejoint après une journée de travail sa terre natale. J’observe alors du coin de l’œil son regard attendrissant sur nos tronçonneuses oubliées devant la porte d’entrée, notre fille jouant déjà au Rubik Cube comme papa ou encore Mozes, tout excité, venir nous chercher pour admirer le départ des oiseaux migrateurs dans un dernier envol estival. Elle a bien tenté d’expliquer les mérites du Rubik Cube à ses collègues de la Capitale mais ils sont restés béas d’incompréhension et se sont remis alors à marcher très vite, les sourcils froncés, soufflant à tout va et le GSM à portée de main. Ce jour-là, Izabella est revenue à la maison avec le film belge Calvaire. Nous avons sorti une Borsodi Sör, les zakuski (héritage de l’occupation) et avons regardé ce film où viols, torture et bouseux du coin sont au programme. Ben oui, comme je vous le disais, notre vie ressemble au Rubik Cube nous avons tous plusieurs facettes….

Gore Sliclez, traduit en français par Andor Sarkozy