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30/05/2007

L'invasion Bobo

48024cd814ad2521f6a0efbdec379f45.jpgC’est dans la quiétude dominicale et sous un soleil radieux qu’Uni Stl s’est réveillé ce matin là sous les coups de marteaux rageurs. Les paupières des habitants endormis se sont soulevées à l’unisson laissant place au regard perplexe de l’individu qui ne sait plus qui il est ni où il est. Tous ils se sont approchés de la fenêtre pour admirer le travail d’étranges personnages aux allures de lutin clouant frénétiquement des pancartes sur les poteaux d’éclairage public. Sans doute espérant l’arrivée d’un cirque à la place du village les habitants se sont empressés de s’habiller et sont sortis lire ce qu’ils espéraient être l’annonce qui les rendrait joyeux la semaine entière. Mais leur désenchantement fut à la hauteur de leur incrédulité quand ils découvrirent que non seulement aucun cirque ne viendrait s’installer dans le village mais qu’ils étaient qualifiés de meurtriers par une association hongroise de lutte contre la taxidermie. Le mécontentement devint marée lente et décidée, la marée devint vague et la vague devint tsunami. Les habitants vinrent en masse à l’hôtel de ville et se regroupèrent autour de leur maire.

Déjà les interrogations devinrent injures face à cette agression venue de nulle part. C’est alors qu’on entendit les moteurs de cinq 4x4 volumineux et rutilants s’arrêter à l’autre bout de la place. De drôles de personnes descendirent de ces cinq vaisseaux et vinrent se tenir en face de nous la pancarte à la main et criant leur slogan : « Assassins ! Assassins ! Vous avez du sang sur les mains ! ». Dans un réflexe général on regarda nos mains croyant presque apercevoir la couleur écarlate avant de reporter notre regard vers ces drôles d’énergumènes à la miné décidée et le menton en avant. Ils portaient des couleurs éclatantes offrant un véritable arc-en-ciel chaleureux et carnavalesque. Ils portaient des vêtements bouffants, des étoles précieuses et des coiffures soigneusement et délicatement négligées. Certains portaient des appareils photos numériques  et n’hésitaient pas à nous prendre en photos. Nous avions l’impression d’être au zoo sauf que c’est nous qui étions derrière les barreaux. Le maire s’enquit de l’objet de cette manifestation spontanée. Il reçut une salve d’arguments contre la taxidermie pratiquée honteusement, scandaleusement, horriblement ettoutenment à Uni Stl. Il fallait que cela cesse au nom de Gaia, terre mère de tous et de tout. Chaque phrase était accompagnée d’une levée du menton et d’un murmure approbateur du groupuscule des militants. On vit certains tenter d’éviter de marcher dans la bouse des vaches d’Abigael alors que d’autres chassaient les taons intempestifs qui n’existaient décidément que dans ces coins de bouseux. « Bobos » lâcha Attila notre voisin dans un silence annonciateur à peine chahuté par quelques rires tendus.

C’est à cet instant que Mozes prit la liberté de démarrer sa tronçonneuse et très vite nous nous joignirent à lui. Nos Bobos comprirent très vite. Abandonnant leurs pancartes dans une panique générale, se percutant la tête mutuellement et sautant dans leurs 4x4 assoiffés il démarrèrent et s’enfuirent, poursuivi par un Mozes, la tronçonneuse bien levée et courant à une vitesse jamais égalée de mémoire des anciens d’Uni Stl. Nous étions pliés de rire, ne sachant plus reprendre notre souffle et imitant nos lutins dans leur fuite.

Quelques temps plus tard nous avions déjà oublié cet épisode noyés que nous étions par le travail, étouffés par la chaleur écrasante du soleil de juillet et heureux de passer nos soirées à la rivière. C’est Mozes qui, indirectement, nous rappela ce grand moment lors d’un barbecue organisé chez lui. Car tapis dans l’obscurité, posé sur son socle, une statue semblait garder l’entrée de son atelier de taxidermie. Avec sa paire de pantalons bouffants, son étole vermillon, sa coiffure soigneusement négligée et son gsm à l’oreille, un Bobo nous dévisageait de son regard sans vie mais rendu expressif par la main de l’artiste. D’abords stupéfaits par la qualité du travail nous fûmes vite inquiets de l’origine de cette œuvre n’osant le demander à Mozes et préférant se focaliser sur ce merveilleux barbecue qui lui aussi nous tracassa mais pour d’autres raisons…