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23/08/2007

Le TOP 10 de Gore Sliclez

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Aujourd’hui j’ai envie de me faire plaisir en dressant la liste de mes films d’horreur préférés. Beau pari quand on sait qu’il est difficile de trier et qu’il ne faut en retenir que dix. Et puis sur quoi se baser ? Le cinéma d’horreur est un vaste domaine où viennent se déverser de nombreux genres bien différents les uns des autres. Mais en définitive ils ont tous un objectif commun : inquiéter !

Voici donc ma liste qui se veut intemporelle, sans partis pris, sans influence d’aucune sorte et susceptible d'évoluer encore. Si vous le souhaitez, et cela me ferait très plaisir, vous pouvez m’envoyer votre propre top 10 et qui sait permettre ainsi un top 10 spécial Cinegore.

 

  1. The Exorcist (William Friedkin, 1973): pour son atmosphère unique, son image superbe, une mise en scène indémodable et qui ne vieillit pas et une maîtrise de la tension parfaite. Aaaah cette scène de l'araignée dans les escaliers...
  2. The Descent (Neil Marshall, 2005): certainement le plus grand film d’horreur de ces 15 dernières années en raison du nombre d’émotions ressenties durant 1h30 . Claustrophobie, peur du noir, de l’inconnu, de monstres terriblement effrayants le tout noyé dans une ambiance étouffante à l’instar de ces galeries souterraines inconnues où sont plongées de belles spéléologues à la recherche de sensations fortes. Elles vont être servies croyez-moi !
  3. Hostel II (Eli Roth, 2007) : quand le gore atteint le sommet de l’innommable et de l’abjecte. Oh bien sûr il existe multitude de films gore extrême mais aucun n’est filmé avec une telle virtuosité et écrit avec une telle originalité. Cette confrontation récurrente entre l’innocence et la bestialité froide et cruelle vous plonge dans le cœur même de l’enfer avec un réalisme déroutant et terriblement inquiétant. Assurément le film d’horreur de l’année !!
  4. Haute Tension (Alexandre Aja, 2003) : j’aurai pu rajouter La colline a des yeux du même réalisateur tant celui-ci est vraiment doué. Maîtrisant parfaitement ses connaissances cinématographiques du genre il nous offre ici une des œuvres françaises les plus terrifiantes et gores du cinéma d’horreur. Un ovni dans la galaxie soft et intellectuelle du cinéma français.
  5. The Texas Chain Saw Massacre (Tobe Hooper, 1974): le film qui révolutionnât le genre. Depuis, pas un réalisateur au monde ne s’est pas inspiré de ce chef d’œuvre ! Tout y est : le glauque, le gore, la naissance d’un monstre mythique et une ambiance unique. Dommage que le réalisateur soit devenu si mauvais par la suite…
  6. L’Enfer des Zombies (Lucio Fulci, 1979) : pour beaucoup ce film a peut-être vieilli. Pour ma part il reste superbe dans l’originalité et le côté impressionnant de ses scènes à l’instar de celle montrant un combat entre un zombie et un requin. Tout simplement original et superbement filmé pour l’époque.
  7. Carrie (Brian De Palma, 1976) : la maestria d’un des plus grands réalisateurs du cinéma américain. Une interprétation magistrale de Sissy Spacek ou quand la candeur s’oppose à l’horreur. Cette musique envoûtante, inquiétante ou encore cette scène anthologique montrant Carrie recouverte de sang de cochon délivrant sa haine vengeresse et meurtrière. Ce souvenir aussi de moi gamin, averti de la diffusion de ce film scandale à la RTBF, me cachant de mes parents derrière la porte du salon et regrettant déjà d’avoir regardé…
  8. Devil’s Rejects (Rob Zombie, 2005) : la naissance d’un nouveau venu dans la cour des grands. Rob Zombie, chanteur réputé, se lance avec talent dans ce road movie sanglant et familial où enfin aucun tabou n’est autorisé. C’est malsain et dérangeant et ce film fait le même effet qu’un La Dernière Maison sur la Gauche de Wes Craven à sa sortie.
  9. Friday the 13th (Sean S. Cunnigham, 1980): autre tournant dans le cinéma d’horreur avec l’apparition de Jason Vorhees. Mais attention il y a un piège (souvenez-vous de Scream où Drew Barrymore a été recalée à l'examen) car c’est la mère de Jason qui détient le rôle de l’assassin. Néanmoins la naissance de ce monstre allait marquer une décennie entière et ce film, presque 30 ans après, reste un véritable bijou inscrit dans le patrimoine Horror Movies.
  10. Saw (James Wan, 2004) : comment ne pas revenir sur le premier épisode de LA saga du début des années 2000. Profondément innovateur dans l’écriture scénaristique, ce film ouvre une nouvelle ère du cinéma gore où les limites de l’insoutenable ne semblent plus exister et où les fin renversantes viennent clôturer à chaque fois un spectacle visuel abjecte et fascinant à la fois. Malheureusement les suites ne furent pas à la même hauteur mais la barre fut fixée si haut…

27/07/2007

Mme Bathory

88c5daf352e2aa37b83d68550674c8b5.jpgBonjour mes amis. Laissez moi vous parler d’une comtesse hongroise qui habitait jadis dans un magnifique mais glacial château de Transylvanie. Très belle avec une peau de nacre où se dessinaient délicatement ses veines bleutées et dans lesquelles circulait le sang bouillonnant et intrépide de la race Hun. Son regard noir se voulait fier et impitoyable et envoûtait bon nombre d’intrépides malheureux et malheureuses. Mariée au Héros Noir de la Hongrie elle enfanta trois beaux enfants mais se morfondit très vite de l’absence d’un mari guerrier et absent. Les années passèrent et elle commença à observer dans son miroir les prémices d’une vieillesse malheureusement annoncée qui menaça sa beauté. Un jour qu’elle reçut une goutte de sang d’une de ses servantes sur sa main elle constata les bienfaits de cet élixir écarlate sur sa peau restée belle et nacrée à cet endroit. Du sang il en fallu plus. Beaucoup plus… Et la comtesse Elizabeth Bathory devint alors la Comtesse Sanglante deux cents ans après Vlad l’empaleur sur les terres de Transylvanie.

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Commencèrent alors le règne orgiaque de la débauche et du sang. Le château de Csejthe devint l’antre du diable où les cris des suppliciées résonnèrent dans la nuit noire des Carpates. Une meute rabattait de jeunes vierges vers le château diabolique et les emmenaient ligotées à l’extrême avec du fil de Vienne devant la comtesse sanguinaire. Celle-ci ou ses manants battaient les malheureuses à mort jusqu’à ce que tout leur corps soit noir, couleur de charbon, et que la peau craque sous les coups. L’une des victimes supporta jusqu’à deux cents coups avant de succomber. On leur coupait les doigts un à un, enfonçait des tisonniers rougis par le feu dans la bouche ou obligeaient les suppliciées à marcher nues dans la neige, arrosées de seaux d’eau glacée au cœur de la nuit hivernale. On brûlait leur sexe,  coupait les veines des bras avec des ciseaux. Lacérées, déchiquetées on les obligeait à manger un morceau de leur chaire grillée. Il y avait tant de sang qu’on était obligé de jeter de la cendre autour du lit de la comtesse pour que celle-ci puisse rejoindre son lit. Mais ce qui rendit la comtesse célèbre furent ses bains de sang. Le sang d’une vierge c’est la vie selon la sombre comtesse.

Sa légende a traversé les siècles…

Il s’en passe des choses dans le pays de Gore Sliclez non ? Si vous êtes un fidèle de Cinegore, sans doute avez-vous reconnut la scène choc du cinéma d’horreur de cette année ?

Hostel II d’Eli Roth bien sûr. Cette superbe dame encapuchonnée de sombre descendant les marches qui l’emmènent vers une piscine où se trouve suspendue une jeune fille. Installée confortablement, l’inconnue au nom d’emprunt évocateur (Mme Bathory) lacère à l’aide d’une fau le dos de la malheureuse et se lave du sang qui s’égoutte des plaies. Quand la fiction rejoint la réalité sous la caméra du génial Eli Roth.

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30/05/2007

L'invasion Bobo

48024cd814ad2521f6a0efbdec379f45.jpgC’est dans la quiétude dominicale et sous un soleil radieux qu’Uni Stl s’est réveillé ce matin là sous les coups de marteaux rageurs. Les paupières des habitants endormis se sont soulevées à l’unisson laissant place au regard perplexe de l’individu qui ne sait plus qui il est ni où il est. Tous ils se sont approchés de la fenêtre pour admirer le travail d’étranges personnages aux allures de lutin clouant frénétiquement des pancartes sur les poteaux d’éclairage public. Sans doute espérant l’arrivée d’un cirque à la place du village les habitants se sont empressés de s’habiller et sont sortis lire ce qu’ils espéraient être l’annonce qui les rendrait joyeux la semaine entière. Mais leur désenchantement fut à la hauteur de leur incrédulité quand ils découvrirent que non seulement aucun cirque ne viendrait s’installer dans le village mais qu’ils étaient qualifiés de meurtriers par une association hongroise de lutte contre la taxidermie. Le mécontentement devint marée lente et décidée, la marée devint vague et la vague devint tsunami. Les habitants vinrent en masse à l’hôtel de ville et se regroupèrent autour de leur maire.

Déjà les interrogations devinrent injures face à cette agression venue de nulle part. C’est alors qu’on entendit les moteurs de cinq 4x4 volumineux et rutilants s’arrêter à l’autre bout de la place. De drôles de personnes descendirent de ces cinq vaisseaux et vinrent se tenir en face de nous la pancarte à la main et criant leur slogan : « Assassins ! Assassins ! Vous avez du sang sur les mains ! ». Dans un réflexe général on regarda nos mains croyant presque apercevoir la couleur écarlate avant de reporter notre regard vers ces drôles d’énergumènes à la miné décidée et le menton en avant. Ils portaient des couleurs éclatantes offrant un véritable arc-en-ciel chaleureux et carnavalesque. Ils portaient des vêtements bouffants, des étoles précieuses et des coiffures soigneusement et délicatement négligées. Certains portaient des appareils photos numériques  et n’hésitaient pas à nous prendre en photos. Nous avions l’impression d’être au zoo sauf que c’est nous qui étions derrière les barreaux. Le maire s’enquit de l’objet de cette manifestation spontanée. Il reçut une salve d’arguments contre la taxidermie pratiquée honteusement, scandaleusement, horriblement ettoutenment à Uni Stl. Il fallait que cela cesse au nom de Gaia, terre mère de tous et de tout. Chaque phrase était accompagnée d’une levée du menton et d’un murmure approbateur du groupuscule des militants. On vit certains tenter d’éviter de marcher dans la bouse des vaches d’Abigael alors que d’autres chassaient les taons intempestifs qui n’existaient décidément que dans ces coins de bouseux. « Bobos » lâcha Attila notre voisin dans un silence annonciateur à peine chahuté par quelques rires tendus.

C’est à cet instant que Mozes prit la liberté de démarrer sa tronçonneuse et très vite nous nous joignirent à lui. Nos Bobos comprirent très vite. Abandonnant leurs pancartes dans une panique générale, se percutant la tête mutuellement et sautant dans leurs 4x4 assoiffés il démarrèrent et s’enfuirent, poursuivi par un Mozes, la tronçonneuse bien levée et courant à une vitesse jamais égalée de mémoire des anciens d’Uni Stl. Nous étions pliés de rire, ne sachant plus reprendre notre souffle et imitant nos lutins dans leur fuite.

Quelques temps plus tard nous avions déjà oublié cet épisode noyés que nous étions par le travail, étouffés par la chaleur écrasante du soleil de juillet et heureux de passer nos soirées à la rivière. C’est Mozes qui, indirectement, nous rappela ce grand moment lors d’un barbecue organisé chez lui. Car tapis dans l’obscurité, posé sur son socle, une statue semblait garder l’entrée de son atelier de taxidermie. Avec sa paire de pantalons bouffants, son étole vermillon, sa coiffure soigneusement négligée et son gsm à l’oreille, un Bobo nous dévisageait de son regard sans vie mais rendu expressif par la main de l’artiste. D’abords stupéfaits par la qualité du travail nous fûmes vite inquiets de l’origine de cette œuvre n’osant le demander à Mozes et préférant se focaliser sur ce merveilleux barbecue qui lui aussi nous tracassa mais pour d’autres raisons…

22/05/2007

La nuit Corvinus

6ab38acb1aa07614df6066be550136c5.jpgLa légende raconte qu’au 5ème siècle de notre ère, un homme du nom d’Alexander Corvinus, survécu à un terrible virus qui ravagea son village et fit de lui le premier immortel. Des années plus tard, son épouse, Helena, donna naissance à deux garçons dont l’un, Marcus fut mordu par une chauve-souris et devint un vampire et l’autre, William, mordu par un loup, devint un lycan ou loup garou. Les deux lignées maléfiques virent le jour.

Depuis, de la proche Transylvanie jusqu’à nos sombres forêts, la légende perdure et passe au travers du rationalisme technologique de notre monde. On a surpris il y a quelques temps encore des villageois affrontant le froid nocturne et creusant la terre gelée pour déterrer le cadavre d’un parent et lui planter un pieux en plein cœur pour conjurer définitivement le sort. D’autres encore accrochent aux devantures des maisons des gousses d’ail pour éloigner les suceurs de sang et d’autres enfin qui ne chassent qu’avec des balles en argent histoire de ne pas devenir gibier eux-mêmes. A chaque nuit de pleine lune, les rues deviennent désertes et les volets se referment précipitamment après un dernier signe de croix. Uni Stl ne déroge pas à la règle.

Chaque année, à la même époque, le village organise la Nuit Corvinus durant laquelle nous devons tous nous déguiser soit en vampires soit en lycans. Les costumes les plus fous rivalisent soit de beauté soit de réalisme ou encore d’humour. Au matin de ce jour tant attendu une chèvre est donnée en offrande aux créatures maléfiques de la forêt. Attachée au tronc d’un arbre elle attend alors son sort. Souvent elle finit dans l’enclos d’un habitant vivant dans le besoin et chapardeur occasionnel, tout le monde approuvant cette solidarité déguisée. Mais cette année rien de tel.

Alors que le bal costumé organisé dans la salle paroissiale du village battait son plein, un enfant apeuré et terrorisé entra dans la salle en criant : « Au loup ! Au loup ! ». Nous appréciâmes tous à l’unisson cette remarquable entrée en scène et applaudissions cet enfant venu pimenter cette soirée qui sombrait tout doucement dans la beuverie insouciante. Mais devant les larmes réelles du garçon nous commençâmes à émettre des doutes et à émerger de notre anesthésie. Celui-ci nous raconta alors que la chèvre n’était plus attachée et que seule la corde arrachée était restée. Armés de lampes en tous genres nous partîmes nous en rendre comptes et dûmes  bien avouer notre incrédulité face à ce mystère. Du sang fut néanmoins découvert dans les fougères environnantes et le sort de la pauvre chèvre ne faisait plus aucun doute. Nous frissonnâmes d’effroi et nous nous serrâmes inconsciemment plus près les uns des autres. C’est alors que je remarquai que nous portions tous encore nos costumes et devions offrir un spectacle pour le moins pittoresque aux animaux diurnes.

Abigael choisit alors son moment pour nous offrir un rot des plus tonitruants accompagné d’une odeur insoutenable, animale, métallique comme le sang. Tous nous aperçûmes alors un spectacle effrayant et envoûtant ne pouvant dégager notre regard ailleurs que sur la silhouette géante d’Abigael. Son costume de Lycan était vraiment splendide. Le poil était superbe et long, les pattes d’une finesse délicate et la gueule d’une laideur absolument attirante. Mais plus encore que ses dents longues et tachées écarlate c’est son regard qui imposât le silence parmi nous. Froid, lointain, ancien et dénué de cette tendresse débile que nous avions l’habitude de voir chez Abigael. Il se pourlécha les babines et sembla sourire de nous voir blêmir au fil des minutes. Le maire du village décida au grand soulagement des habitants qu’il était temps de rentrer et nous rentrâmes au pas rapide ne regardant jamais derrière nous où se trouvait Abigael. Quand celui-ci accélérait l’allure c’est tout le village, tel un troupeau de brebis, qui pressait le rythme et quand il s’arrêtait parfois pour se gratter le cou les habitants jetaient très furtivement un œil de côté, trébuchant dans les racines et jetant des cris hystériques semant derrière eux pantoufles, fausses dents de vampires en plastique ou encore masques poilus. Le clou de cette nuit mémorable fut ce hurlement déchirant jeté à la pleine lune et se répercutant sur les flancs montagneux de Transylvanie. Enfin, nous nous engouffrâmes dans la salle paroissiale non sans quelques coups de poing, coups de masque ou encore quelques coups de crocs en plastique. Nous fûmes tous sains et saufs ! Seul Abigael manquait au rendez-vous. Dans les rues désertes d’Uni Stl on pouvait entendre un loup… roter !

15/05/2007

Mozes, star d'Uni Stl

95b6b146d3f5b7c08cb849560e145921.jpgIl y a un peu plus d’un an maintenant Uni Stl a reçu la visite d’une équipe de tournage britannique qui souhaitait réaliser un film d’horreur où des employés d’une société d’armement se retrouvent lors d’un séjour organisé poursuivis par d’anciens soldats locaux sanguinaires et désoeuvrés. Voyant dans les rues les habitants se retourner vers eux avec un regard d’incrédulité, le réalisateur semblait ravi d’avoir déniché ce « fucking bled » pour y installer son équipe. Discutant avec notre maire, il demanda s’il pouvait bénéficier de l’aide de quelques habitants pour la logistique du tournage. Voyant dans cette offre la possibilité de bien nous marrer Mozes, Abigél et moi-même décidions alors d’accepter.

Nous fûmes affectés à l’équipe décors en plein cœur de l’action donc. Les acteurs étaient plutôt sympas et nous étions admiratifs devant leur prestation même si devant leur bourreau ils nous semblaient que leur frayeur était trop feinte. Vous nous connaissez maintenant depuis presque un mois et vous savez que nous avons le sens spécial de l’humour. Bref pour pimenter un peu le tout et aider ces malheureux acteurs à être plus convaincants nous avions décidé d’attendre la nuit pour nous nous rendre dans la forêt rampant ainsi parmi les racines et les fougères.

Dans un merveilleux synchronisme nous allumâmes nos tronçonneuses et courûmes à l’unisson vers les campements de l’équipe. La lune dernière nous éclairait nos chaînes en action dans un panache de fumée bleutée et nos silhouettes parfaitement découpées offraient un tableau superbe et terrifiant. Le spectacle escompté était au-delà de nos espérances. Les mécaniciens, les perchistes, les caméramans, le chef op et enfin les acteurs coururent dans tous les sens, effrayés, en slip ou pyjamas dans une sarabande grotesque. Ils semblaient marcher sur des braises, sautant dans tous les sens ou essayant de grimper dans les arbres. Morts de rire nous nous enfumes au village avant d’être virés par la prod. Depuis lors, tendus comme des cordes de piano, nos acteurs furent extrêmement convaincants sursautant et criant au moindre attouchement et carburant au café pour soigner leurs insomnies.

Mozes avait énormément de succès durant ces quelques semaines. A tel point que le réalisateur lui offrit un rôle de méchant. Avec sa coupe mulet et son éternel treillis militaire Mozes n’avait pas besoin de se maquiller pour être bon. Au début on se moquait de lui à chaque pause et par la suite il nous cassait littéralement les pieds en se prenant pour une vedette et en flirtant avec l’actrice principale. Après un mois de tournage nous sommes devenus amis avec l’équipe de tournage. Les casiers de Borsodi Sör s’enchaînaient à un rythme effréné et les gueules de bois étaient tout simplement historiques ! Mozes s’était en fin de compte tourné vers une belle slovaque, second rôle dans le film, Abigél était fier de sa courte participation au maquillage sanglant des victimes et moi-même, j’étais heureux de mes soirées de compétition de Rubik Cube avec le réalisateur. Izabella était admirative devant la garde-robe de la blonde actrice et reçu même une paire de lunettes de marque Armano je crois.

Un an après nous sommes nostalgiques de cette parenthèse hollywoodienne dans la vie de notre village. Nous avons reçu le DVD la semaine dernière et avons assisté à la projection ce dimanche. Sans surprise, chaque apparition de Mozes à l’écran fut l’objet de railleries diverses et celui-ci, pas peu fier, feignait l’indifférence. On remarqua néanmoins celui-ci dans un contre-champ furtif se prendre les pieds dans une racine et disparaître de la scène pour ne plus jamais le revoir par la suite. Mort sans avoir été tué. Fabuleux Mozes ! Andy Warhol disait que chacun d’entre nous connaît son moment de gloire. Mozes a connu ce moment mais différemment. Comme d’habitude….

Gore Sliclez, traduit en français par Andor Sarkozy.

 Ci-après la critique et la bande annonce de ce film remarquable…

09/05/2007

La vie selon Rubik

4505912b185d6d3f35b37318d5168a76.pngVous ne le savez peut-être pas mais le Rubik Cube a été inventé par un Hongrois du nom de Erno Rubik. Une véritable institution que cet objet à six faces chez nous. A Uni Stl chaque famille possède son cube et chaque dimanche nous organisons le concours de rapidité célèbre dans la région. J’avoue modestement faire partie des cinq meilleurs de la discipline et me rapproche à grands pas de la « Biche dorée » empaillée (très rare dans nos sombres contrées) que le vainqueur reçoit à la fin de l’année. Je compare souvent notre vie à un Rubik Cube. Aussi complexe, difficile et avec autant de facettes.

Prenez Izabella par exemple. Izabella enseigne à Budapest et doit prendre la crémaillère tous les jours pour un trajet d’une heure trente. Elle est la seule dans le village à travailler à l’extérieur ce qui lui confère une notoriété non négligeable en tant que « dame qui connaît beaucoup de choses et voyage beaucoup ». Elle a bien tenté de travailler à l’école du village mais il devenait trop dur de s’adapter à l’enseignement local car le bois comme unité mathématique, les articles de la production forestière comme sujets de dictée ou encore l’étude des champignons comme sujet scientifique limitaient quelque peu ses perspectives d’avenir. Et donc tous les jours, munie de son Rubik Cube, elle prend la crémaillère et se rend dans la Capitale. Décrire ses journées là-bas devient chaque vendredi l’occasion d’écouter les coutumes locales. Ce qui représente pour nous, habitants d’Uni Stl, un spectacle plus excitant encore que la projection à la salle paroissiale. Elle nous raconte ainsi que les gens là-bas évitent les allées empierrées des parcs publics pour marcher sur l’herbe afin de ne pas avoir de la poussière sur les chaussures. Ils marchent ainsi en file indienne, la cravate au vent et le menton conquérant dans une procession étrange qui rappelle la marche comique des oiseaux du grand Nord. On rigole bien avec Mozes en regardant nos chaussures crottées semant des galettes de terre rouge quand nous revenons du bois. Pour ces seigneurs de la capitale, les six faces du Rubik Cube sont unies. Pour nous les faces du Rubik Cube sont complètement mélangées et le travail s’annonce ardu pour remettre tout en état. Izabella ne semble jamais aussi heureuse que quand elle rejoint après une journée de travail sa terre natale. J’observe alors du coin de l’œil son regard attendrissant sur nos tronçonneuses oubliées devant la porte d’entrée, notre fille jouant déjà au Rubik Cube comme papa ou encore Mozes, tout excité, venir nous chercher pour admirer le départ des oiseaux migrateurs dans un dernier envol estival. Elle a bien tenté d’expliquer les mérites du Rubik Cube à ses collègues de la Capitale mais ils sont restés béas d’incompréhension et se sont remis alors à marcher très vite, les sourcils froncés, soufflant à tout va et le GSM à portée de main. Ce jour-là, Izabella est revenue à la maison avec le film belge Calvaire. Nous avons sorti une Borsodi Sör, les zakuski (héritage de l’occupation) et avons regardé ce film où viols, torture et bouseux du coin sont au programme. Ben oui, comme je vous le disais, notre vie ressemble au Rubik Cube nous avons tous plusieurs facettes….

Gore Sliclez, traduit en français par Andor Sarkozy 

06/05/2007

Sarkozy président d'Uni Stl

d796cd3fa5b06648c0fe0df772bd5b03.gifa14f22a54f2aa56f75dd1910d5133f9e.jpgActualité française oblige je me dois d’un petit billet d’humeur. En effet, ici à Uni Stl c’est véritablement l’effervescence au centre du village. Malgré le budget réduit pour les festivités voté cette année les habitants sont sortis dans la rue du centre et sortis les pétards et les quelques fusées restantes du réveillon. Mozes est venu sonner à la maison un peu éméché et la braguette ouverte criant entre deux rots : « Sarkozy est président » ! Ma tête était encore restée au creux des bras d’Izabella et ne saisit donc pas immédiatement les propos avinés de mon ami. Mon épouse devant la Sony allumée me  confirma la nouvelle. En pantoufles et le pyjama volant comme une cape je courus vers la Place du Centre où déjà mes amis formaient un cercle et démarraient leur tronçonneuse à l’unisson. Un Hongrois venait d’être élu à la tête de la cinquième puissance mondiale berceau des droits de l’homme. On se serait cru à la place de la Concorde. Le chant des tronçonneuses résonnait dans la vallée et qui sait peut-être jusqu’à Paris. Nous ne connaissions pas personnellement le nouveau président et la France n’est pas la Hongrie et encore moins Uni Stl mais comme on aime la fête et la bière chaque occasion est la bonne. Au milieu de la soirée, complètement bourrés, nous avons même désigné une équipe de 5 habitants pour aller à Paris remettre nos félicitations ainsi qu'un mouflon empaillé. A la fin de la soirée nos femmes sont venues nous chercher (ou plutôt ramasser devrais-je dire) et sommes rentrés bien minables dans nos chaumières oubliant qui nous étions et qui nous avions fêté. Vive la République ! Vive Uni Stl !

Gore Sliclez, traduit en français par Andor Sarkozy 

04/05/2007

Les rednecks de Uni Stl

5c16fdbbfa0f32a40aa4d18bbf6711f5.jpgPour les Budapestois, nous, habitants de Uni Stl, au cœur des forêts hongroises, sommes de véritables rednecks. Les rednecks sont les campagnards du Sud américain que l’on voit souvent dans les films. Souvent traités d’idiots, de racistes ou encore de violents passant leurs journées à boire et chasser. C’est un peu réducteur comme image mais c’est ainsi. Il est vrai que quand j’observe mes potes Mozes et Abigél avec leur chemise à carreaux, leur tronçonneuse, leur frigo box remplis de bières et leur casquette noire de suie partant à pied au travail tout en jouant au concours du plus long pet j’ai du mal à ne pas m’y résoudre. Nous ne jouons pas de Banjo comme le gamin du film Delivrance mais du cybalum. Nous n’avons pas les cous rougis par le soleil mais plutôt par l’ingurgitation de Borsodi Sör notre bière nationale. Et nous ne violons pas les rares touristes de passage chez nous. Je reste marqué par cette scène du film susnommé où l’on voit Ned Beatty se faire violer par deux rednecks devant son copain d’infortune. Les rednecks sont omniprésents dans le film d’horreur américain. On pense à des films comme Chainsaw, Wolf Creek, Devil’s Rejects Wrong Turn et tellement d’autres. En France aussi on aime ce personnage. Haute Tension nous montre le carnage orchestré par un bouseux du coin. Calvaire, le film belge, nous montre alors des rednecks ardennais aussi crétins qu’effrayants. Ils font partie du paysage au même titre que les forêts sombres, mystérieuses ou encore les montagnes abruptes. Autant d’éléments qui apportent un sentiment d’isolation face à l’inconnu. Il faut voir comment les touristes nous regardent quand par malheur, à court d’essence, ils échouent dans notre charmant village de bûcherons. Du coin de l’œil ils ne quittent pas du regard nos tronçonneuses à l’arrêt quand nous prenons une pause au café de la station. L’occasion pour Mozes de faire aller sa machine bien huilée effrayant le père de famille qui ne parvient plus à viser correctement l’entrée d’essence. On rigole bien. Ben oui on est un peu bouseux aussi à nos heures mais on est heureux ici à Uni Stl. Notre vie est simple, on ne doit rien à personne et on se moque bien des gens de la capitale. Le temps s’arrête quand nous allons à la pêche, quand nous nous rendons à la projection mensuelle du film du mois à la salle paroissiale, quand nous allons chasser et quand on rentre chez nous auprès du feu, auprès de notre aimée. Demain nous irons au bois…

Gore Sliclez traduit en français par Andor Sarkozy 

Voici l'extrait de ce fabuleux passage du film Deliverance pendant lequel un gamin redneck joue du banjo devant un citadin subjugé par son talent.  

01/05/2007

Taxidermia

5d991939d256530f410d59ca7317bfec.jpgA Uni Stl, comme je vous l'ai déjà dit, le passe-temps préféré des habitants est la taxidermie. Le soir à défaut de cinéma ou de salle de danse nous nous lançons alors dans la réalisation d'oeuvres empaillées. L'opération est délicate et demande beaucoup de concentration. Mozes est le plus talentueux d'entre nous. L'année dernière il reçut les honneurs de la presse nationale dans le Magyar Hirlap. On le voyait poser à côté de sa biche  tirée trois jours auparavant en forêt de Halupa. Depuis il est devenu une star à Uni Stl. Laissez-moi maintenant vous expliquer le processus post-mortuaire.

La première étape consiste à prendre les mensurations de l'individu mort sélectionné. En général une cinquantaine de mesures suffisent de la tête aux pieds pour confectionner ensuite un mannequin.

Ensuite le dépouillage consiste à retirer la peau du cadavre. Pour cela des incisions sont faite, sous le ventre et à l'intérieur des membres. La peau doit être décollée avec soin de la chair, puis la moindre parcelle de chair, de graisse ou d'os restante doit être grattée.

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Le tannage arrive ensuite. On trempe la peau dans différents bains chimiques et d'eau pure. Un graissage termine l'opération en redonnant la touche de souplesse finale à la peau traitée. Il est nécessaire après traitement d'entretenir les poils par caresses et brossages réguliers.

On réalise ensuite un mannequin sensé montrer une expression. Personnellement j'aime celle de la peur ressentie face au chasseur avant le coup final.

Enfin la peau est enfilée sur le mannequin et on effectue les derniers travaux comme le séchage, le brossage, la peinture et... le montage des yeux.

C'est passionnant non? Intéressés? Gore Sliclez vous invite à la troisième biennale de "Chasse et taxidermie en pays Hongrois" qui se déroulera la troisième semaine du mois de Mai. Nous vous attendons nombreux. Barbecue et tokaj au menu. Projection du film hongrois Taxidermia de György Palfy.

A bientôt j'espère!

Gore Sliclez, traduit en français par Andor Sarkozy.

27/04/2007

Le Coréen et Izabella

60af73bed421749f847c2205d3f22665.jpgOn ne reçoit pas beaucoup la presse à Uni Stl. Les facteurs ont abandonné depuis longtemps les remontées en vélo de nos collines sans compter les descentes effrénées poursuivis par les ours. Gedeon est le magasinier du village. C’est lui qui s’occupe du ravitaillement hebdomadaire via hélicoptère pour la petite centaine d’habitants. On lui avait donc proposé d’inclure dans sa commande le journal Magyar Hirlap mais depuis 1 mois plus de journal. Il faut dire que cela coïncide étrangement avec l’apparition de la pin-up en page centrale du quotidien. Mais enfin bonne nouvelle. La scierie vient d’acquérir un ordinateur avec internet. In-Ter-Net ! Nous n’en revenions pas ! Le chef, très fier de son achat nous montrait ce qui représente à ce jour le plus grand investissement à Uni Stl depuis l’apparition de la tronçonneuse thermique Mac 338 MC Culloch. « On peut tout avoir sur In-Ter-Net » nous dit-il joyeusement. « Recevoir et envoyer des messages, lire son journal, regarder les dernières nouvelles sportives, regarder de jolies demoiselles, la météo… ». Déjà les hommes ne l’écoutaient plus. Aux cris d’enthousiasme succédait un silence inquiétant. Des jolies demoiselles ? Gédéon, Izidor, Mozes et tous les autres semblaient comme tétanisés, hypnotisés, les yeux rivés à cet écran imaginant déjà les scénarios les plus enivrants. Même le chef semblait prendre conscience de sa bévue et commençait à suer plus que la normale. C’est alors que celui-ci est tombé sur l’actualité internationale et le massacre dans cette université aux USA. Ce Coréen dont on disait qu’il avait été influencé par les films ultra violents asiatiques. On condamnait déjà ce cinéma qui pouvait selon des spécialistes entraîner les personnes sensibles dans des tournées meurtrières. Je m’interrogeais alors sur ces films d’horreur qu’Izabella et moi-même regardons le soir devant notre téléviseur noir et blanc Sony. Allais-je décapiter ma femme ? Allais-je manger les oreilles de mon voisin après l’avoir égorgé ? Allais-je comme Hulk ressentir monter en moi une colère originelle me submerger ? Je n’en dormais plus me réveillant tous les matins en sursaut pour voir si mon Izabella se trouvait toujours entière à mes côtés. Non décidément je ne me reconnaissais pas dans ce portrait. C’est malin ! J’avais eu plus peur de cette nouvelle que mes films d’horreur.

Gore Sliclez