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19/02/2008

A l'intérieur

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Comment ne pas dire merci à Franck Ribière et Vérane Frédiani de La Fabrique de Films de produire, de distribuer et d’éditer des films de genre, principalement en France. Car du courage il en fallait pour faire confiance à un film qui avait tout pour connaître dès sa sortie un véritable chemin de croix inhérent aux films hardcore jugés trop violents sur le sol français. Décidément, le Grand Monde du Cinéma actuel ne semble toujours pas vouloir s’intéresser, voir accepter une autre vision, une autre approche de la réalité sociale que celle que l’on s’évertue à nous montrer au travers de médias dominants dans le seul but de répondre aux exigences frileuses et cocoonistes d’une majorité bien pensante de la population.

C’est dire le courage et l’abnégation de ces irréductibles cinéphiles qui passant de l’autre côté de la caméra tentent désespérément de proposer cet autre chose qui vous tombera dessus sans pitié et vous laissera son empreinte ad vitam.

Alexandre Bustillo (ex journaliste de chez Mad Movies) et Julien Maury font partie de cette nouvelle catégorie d’artistes qui osent le pari subversif à l’instar des Aja, Moreau-Palud, Gens ou encore Christophe Gans.

A l’intérieur restera ce grand buzz underground de l’année 2007. Celui dont tout le monde parlait comme le film le plus hard jamais réalisé dans l’Hexagone sans jamais avoir la possibilité de le voir en Belgique ou en France (à quelques exceptions près) ne connaîtra donc que l’estime de ses pairs à défaut d’un succès de salle.

Sarah, victime d’un accident de voiture très grave dans lequel elle perd son mari, se repose dans sa maison isolée de banlieue la veille d’accoucher. Soudain, une silhouette féminine sonne à sa porte et demande à entrer. Refusant, Sarah se voit alors harcelée par une femme vêtue de noir dont la folie destructrice explose dans un véritable bain de sang.

Interprétant la victime harcelée, une Alysson Paradis époustouflante de vérité pour qui c’est son cinquième film et qui se voit octroyer ici le rôle d’une carrière, voire d’une vie dans la peau scarifiée de Sarah, victime à outrance du destin et de la folie.

Face à elle, Béatrice Dalle dont on connaît ses rôles noirs, et qui ici nous livre, une nouvelle fois, une interprétation magistrale dans le rôle de cette inconnue vêtue d’une longue robe noire et munie d’une paire de ciseaux effilés, engagée dans un ballet sanguinaire et infernal.

Après un magnifique générique, À l’intérieur démarre très vite au cœur des ténèbres via un accident meurtrier et des visions d’horreur plus convaincantes que les meilleures campagnes de sécurité routière. Le héros est-il vraiment Sarah, cruelle victime du sort ou bien son bébé dont on voit les agressions extérieures in utero ? Un bébé qui devient très vite sujet de convoitise, petit être à protéger coûte que coûte d’un destin qui n’aura pas fait de cadeaux à son père. Dans une atmosphère qui ressemble terriblement à « Ils » de David Moreau et Xavier Palud, la première partie du film offre des moments de très haute tension grâce à une mise en scène qui prend le temps de distiller crescendo une angoisse terrible à travers la silhouette inquiétante de cette dame en noir au regard sans vie.

Des scènes « Slasher », véritables hommages aux giallos italiens notamment grâce à ces cadrages suggestifs montrant le meurtrier tapis dans l’ombre ou encore cette représentation du tueur ganté de noir, le reflet de la pair de ciseaux zébrant l’air avant de poignarder la chaire. Le sang coule littéralement à flots recouvrant les murs de la maison, les balafres se succèdent sur le malheureux corps de Sarah. Ça coupe, ça perfore, ça éviscère, ça tranche dans une variation orchestrée comme une véritable partition gore. Un lyrisme écarlate qui a tout pour choquer, répugner… écoeurer.

Et si quelques invraisemblances viennent s’ajouter au tableau nerveusement éprouvant du film on ne retient que la beauté morbide de la photo et cette chorégraphie mécanique affreusement efficace et sans issue de cette dame en noir dont on ne connaîtra son histoire qu’à la toute fin du film éclairant ainsi le film sous un autre jour ou devrais-je dire une autre nuit.

A l’intérieur est un film jusqu’au-boutiste, un conte macabre signé par des vrais amateurs du genre et qui tente de démontrer l’essence même du film d’horreur sans complaisance car terriblement réaliste. Rendons hommage à ce culot monstre et à cette mise au point.

Ma cote: 9/10 

14/02/2008

L'enfant du diable (1980)

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Voici un film inscrit dans la plus pure tradition du film d’horreur, d’un classicisme toujours aussi efficace 28 ans plus tard. Quand Peter Medak entreprend la réalisation de l’Enfant du Diable en 1980 il n’est qu’un jeune réalisateur abonné plutôt aux comédies à qui on offre un film à gros budget et au casting relevé par la seule présence de George C. Scott himself.

Un professeur de musique tourmenté par la mort de son épouse et de sa fille fauchées par un camion décide d’habiter dans une ancienne et vaste demeure. Très vite celui-ci se rend compte que la demeure est hantée par l’esprit d’un enfant assassiné par son père. John Russell entreprend alors une enquête périlleuse qui va l’emmener jusque dans les hautes sphères politiques.

Et donc ce qui d’emblée vous séduit dans cette œuvre c’est la sobriété et les procédés classiques qui font toujours les bonnes heures du cinéma d’épouvante consacré aux maisons hantées. Une musique orchestrale anticipant crescendo les moments d’angoisse, les portes qui claquent à l’étage, les chuchotements ténébreux et les objets qui se déplacent…autant d’artifices souvent usités mais toujours efficaces et qui font toujours autant sursauter. Mais pour faire tourner la mayo il faut derrière tout cela une bonne mise en scène que Medak orchestre très bien et des acteurs convaincants et là avec Scott c’est du tout cuit. Dans un rôle moins guerrier, moins frondeur, celui-ci est remarquable dans la peau de ce musicien entamant une enquête minutieuse captivante s’inspirant de faits réels.

On appréciera une nouvelle fois l’utilisation de la caméra subjective, l’alternance de plans rapprochés reflétant la terreur sur les visages ou de plans larges soigneusement étudiés un peu à la Kubrick, cette gestion permanente de la tension à l’instar de cette scène de spiritisme avec le jeune enfant décédé qui est tout simplement terrifiante et vous fait vivre de l’intérieur cette prise de contact avec l’Au-delà. Là il n’est pas question que la sonnerie du téléphone retentisse chez vous sous peine de vous faire grimper au lustre en un temps record.

C’est qu’il y a un peu d’Exorcisme, de Dead Zone, Les Yeux de la Forêt et évidement d’Amityville dans l’atmosphère et le montage de ce film qui reste donc la preuve qu’il n’est pas toujours utile d’abuser d’effets spéciaux renversants pour arriver à nous faire peur comme ce fut trop souvent le cas ces derniers temps avec les spectres asiatiques rampants ou bien le baroque ridicule de The Haunting.

On regrette donc ce classicisme d’antan qui avait fait ses preuves et offert par la même occasion des films devenus classiques et pour la plupart cultes. A notre époque, seul un Balaguero semble pouvoir encore relever le défi avec succès et c’est bien dommage. En attendant, rien ne vous empêche de vous replonger dans cet Enfant du Diable (au sens figuré hein) si par le plus grand des hasards une chaîne décidait de le rediffuser. Merci Cine Fx !

Ma cote: 8/10 
 

13/02/2008

Eternal

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Voici une œuvre très personnelle qui à l’instar de son héroïne a tout pour plaire grâce à un avenant des plus attrayant. C’est que le plumage avec les présences de Caroline Néron et Victoria Sanchez deux bimbos inconnues sous nos latitudes, charmantes allégories de la glace et du feu, en jette dès le départ via des scènes lesbiennes à vous faire oublier le monde extérieur. Et pour vendre le ramage on vous ressert une énième version de la comtesse Bathory ayant traversé les siècles toujours grâce aux bains de sang provenant de jeunes vierges égorgées lui garantissant la beauté éternelle.

Pour mener l’enquête sur ces disparitions un Conrad Pla qui ne dépaillerait pas dans un chef d’œuvre d’Uwe Boll et qui joue ici le rôle d’un inspecteur régulièrement manipulé par le seigneur des lieux et transformé pour la cause en objet sexuel.

Visuellement, Eternal a donc de sérieuses garanties de plaire. Dans les décors féliniens de Venise en passant par les châteaux ou autres demeures gothiques de la comtesse, la réalisation bicéphale du film nous entraîne dans un déferlement d’images érotiques dignes des séries roses de fin de soirée, du pornosoft qui émoustille nos sens mais qui ne parvient pas à nous faire oublier que derrière ce joli paravent ben il n’y a pas grand-chose. Le ramage ne vaut pas le plumage donc…Une œuvre aseptisée qui devrait ravir les amateurs du film d’horreur bourge, prétentieux à souhait osant nous balancer du Aznavour comme emballage du plus bel effet. Un véritable épisode de charme qui avec un peu plus de sexe hardcore aurait pu être réalisé par un Marc Dorcel inspiré au lieu de cela nous avons une œuvre photographiquement très belle et c’est là son grand et unique mérite.

En définitive, ce qui est étrange dans ce film c’est que cette abondance de luxe et de belles pépées parvient presque à faire oublier des scènes de vampirisme grotesques dans une mise en scène naïve à la Jean Rolin mais où la volonté de bien faire (grâce à des visuels irréprochables) permet d’assister à un film qui au final n’est pas si ennuyant que cela. En soi ce n’est déjà pas si mal…

Ma cote: 5/10 

12/02/2008

Captivity

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Nanti d’une réputation sulfureuse suite à une campagne d’affichage publicitaire jugée trop violente, ce grand buzz avait de quoi attirer de nombreuses attentions et pas seulement du côté des amateurs de films de genre. Un nom comme celui de Roland Joffé derrière la réalisation forcément ça accroche mais on ne peut pas s'empêcher néanmoins de se demander quand même ce qu’il pouvait bien faire dans une telle production dont le sujet est aux antipodes de sa filmographie élogieuse. C’était osé voire culotté même si cela ne devait en rien créer une polémique quant à sa volonté de tourner pour une fois un film de genre traitant de la torture sous prétexte que Joffé avait réalisé des chefs d’œuvre comme The Mission (1986) ou The Killing Fields (1984) soit des films engagés traitant de la condition humaine très en vogue dans les années 80.

Se basant sur le travail scénaristique de Larry Cohen (Cellular, Maniac Cop ou encore Body Snatchers) on pouvait raisonnablement s’attendre à tout mais… mais hélas pas à çà !

Roland Joffé a beaucoup misé sur ce film et se retrouve un peu Gros Jean comme devant au final et donc forcément dépecé gaiement par une critique qui n’attendait que cela.

Dans un jeu terrifiant du chat et de la souris, un homme séquestre dans une habitation totalement adaptée à ses sombres desseins une starlette dans le seul but d’en faire ce qu’il veut.

Certes, si au départ le scénario n’est pas original (mais existe-t-il encore des scénarios originaux ?) le sujet, s’il est bien adapté, peut faire l’objet d’un bon thriller psychologique voire d’un film d’horreur gore. Mais voilà le problème avec Captivity c’est qu’à aucun moment on ne sait dans quel genre on navigue. En soi c'est pas forcément un problème si on décide de privilégier les twists scénaristiques à rebondissements mais ici le réalisateur lui-même ne semble pas savoir vers quoi il se dirige et donc patatra.

Passons l’interprétation très Paris Hilton et donc très horripilante d’Elisha Cuthbert pour se focaliser sur cette mise en scène laborieuse du réalisateur anglais qui tente de cacher par des gadgets high-tech son incapacité à faire monter une tension ce qui pour un film d’horreur est plutôt un comble vous en conviendrez. On tente bien ici et là d’y voir une once d’originalité, d’innovation dans un genre pourtant éculé mais non on reste constamment sur sa faim à l’instar du pseudo tortionnaire dont on connaît l’identité trop vite manquant là une nouvelle fois la possibilité d’un certain suspens. Rien n’est mené à terme dans les différentes scènes d’actions toutes relatives et donc tout semble désespérément mou, profondément ennuyant. On ne vous parlera même pas de ces nombreuses invraisemblances grotesques dont notamment cette scène d’amour complètement déplacée compte tenu de la situation dans laquelle se trouvent plongées nos victimes du rapt. L’adrénaline ça booste c’est bien connu !!

Les scènes de tortures étonnamment supprimées dans une version Director’s cut plaident justement pour cette incapacité de la production à nous dire à quel genre de film nous avons droit offrant ainsi un cafouillage invraisemblable tuant irrémédiablement le film. David Slade dans Hard Candy (2006) nous avait, quant à lui, offert un film de torture psychologique de toute grande beauté sans l’utilisation du moindre artifice et grâce à une mise en scène sobre mais terriblement efficace. Rien de tout cela ici donc pour ce pétard mouillé, grand navet de l’année 2007 qui ne relancera donc pas la carrière d’un bon réalisateur et ne lancera pas Cuthbert comme nouvelle Scream Queen. Grosse déception donc…

Ma cote: 3/10 

06/02/2008

The Last Horror Film

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Quand on parle de Joe Spinell on pense irrémédiablement à Maniac et à son incroyable interprétation dans le rôle de Frank Zito psychopathe assassin trouvant dans ses meurtres crapuleux le moyen d’échapper à une enfance douloureuse. Certes, c’est beaucoup résumer une carrière très riche dans laquelle on trouve notamment des rôles dans Rocky, The Godfather, Taxi Driver, Brubaker en bien d’autres encore.

C’est fort de cette notoriété et de ce rôle phare dans Maniac que le réalisateur, acteur et producteur David Winter offre un nouveau rôle de psychopathe à Joe Spinell pariant ainsi sur un succès commercial gagné d’avance. Plus fort encore et quitte à mettre toutes les chances de son côté, Winters, toujours lui, parviendra même à recréer le couple phare du film culte de Lustig puisque Caroline Munro, la plus sexy scream queen de tous les temps, vient se joindre au casting.

L’histoire, quant à elle, retrace l’évolution psychotique de Vinny Durand, amateur de cinéma, obsédé par l’actrice star Jana Bates et qui décide de rejoindre le festival de Cannes où celle-ci doit présenter son dernier film d’horreur. Son objectif ? L’obliger à jouer dans son film amateur coûte que coûte…

Sorti un an après la tentative d’assassinat sur Ronal Reagan par John Hinckley dont l’unique but était d’attirer l’attention de l’actrice Jodie Foster, David Winter n’eut qu’à puiser dans l’actualité internationale ambiante pour alimenter un scénario cousu de fil blanc.

Le film s’apparente d’ailleurs aux classiques du genre tout en empruntant des idées originales comme la création d’un film d’horreur dans le film lui-même, comme la polémique suscitée lors du festival par la violence des films d’horreur particulièrement depuis que les médias savent que Hinckley lui-même était amateur du genre ou encore les nombreux hommages rendus au cinéma de la Warner notamment.

Si on regrette que le casting ne soit pas toujours à la hauteur de son acteur culte, on doit bien avouer que ce film regorge de scènes troublantes, d’un érotisme suranné, parfois gore et des twists imprévisibles. Parfois maladroit dans sa mise en scène, l’ensemble de l’œuvre représente néanmoins un bel hommage aux films de genre et n’hésite pas à prendre la défense de ceux-ci en décernant la Palme d’or cannoise (c'est de la fiction hein) attribuée pour la première fois à un film d’horreur (dont le réalisateur, le producteur et l’actrice principale ont disparu). Souvent comparé à tort au célèbre Maniac le film n’eut pas toujours les faveurs de la critique malgré les nombreuses subtilités scénaristiques du film. Moins sombre et pessimiste, les Frénétiques n’en reste pas moins un film qui tient la route de bout en bout et qui ne peut s’empêcher parfois de nous envoyer un clin d’œil au Taxi Driver de Scorcese avec, rappelez-vous, la délicieuse… Jodie Foster. Quand on vous disait que l’histoire est un éternel recommencement…

Ma cote: 6/10 

05/02/2008

Wrong Turn 2

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Quelle drôle d’idée d’offrir à un inconnu la responsabilité d’une suite au renommé Wrong Turn de Rob Schmidt. Joe Lynch, pour qui c’est son premier film en tant que réalisateur, se retrouve donc avec une pression énorme sur les épaules tant la suite de ce survival hardcore qui avait sublimé et étonné les amateurs du genre était fortement attendue.

Pourtant dès le premier quart d’heure de ce Wrong Turn 2 on ne peut s’empêcher d’avoir de grosses inquiétudes. Après une scène d’ouverture bien trash et spectaculaire (une nana se fait littéralement couper en deux), on retrouve très vite les clichés habituels du film de commande d’un certain cinéma d’horreur caressant dans le sens du poil les producteurs et les teenagers avides de cul, d’images bien gore et de dialogues pipi caca (décidément merci Paul Weitz).

Une équipe de tournage pour une émission de télé réalité se retrouve en plein territoire des bouseux-cannibales-post-Tchernobyl. Pour ce concours « Apocalypse » on retrouve la bimbo, la nymphomane, le black, la lesbienne ou encore le crétin de service aux blagues plutôt graveleuses le tout dirigé par un ancien marine plus vrai que nature. Pour ce casting que d’inconnus si ce n’est la présence de Daniella Alonso déjà aperçue dans La Colline a des yeux 2. Le décor et les personnages plantés commence alors une impitoyable mise à mort dont le seul but est de garnir le garde-manger des rednecks locaux.

Et puis… et puis on en arrive à douter très vite de la façon d’aborder ce film. Si Rob Schmidt avait choisi le survival classique à haute tension en lorgnant notamment du côté de Deliverance (1972) de John Boorman, Joe Lynch semble quant à lui avoir emprunté le style Série B (mais à gros budget quand même) d’abord pour se moquer ironiquement de la télé réalité omniprésente aux States (le choix délibéré du casting de l’émission, le souhait d’intégrer du sexe pour booster l’audimat etc.) mais surtout pour se lancer dans une surenchère no limits à coups de litres d’hémoglobine et de scènes hautement répugnantes. Un choix qui sera à la fois judicieux si on tient compte de cette volonté délibérée de ne pas se prendre au sérieux mais aussi son plus gros défaut si on part du principe que trop de gore tue le gore. Si, à aucun moment, on ne s’ennuie réellement grâce à une tension bien entretenue et à quelques trouvailles scénaristiques et humoristiques bien balancées, on se lasse très vite de ces tripailles dégoulinantes, ces rognons, ces doigts en zakouskis ou autres abats découpés par cette famille de bouchers dégénérés dont le maquillage ne porte plus le label Stan Winston et ça se voit.

Exit donc le côté subversif, craspeque et réaliste de son aîné, Wrong Turn 2 préférant choisir le visuel facile et l’hommage maladroit (cette scène de repas familial identique au Chainsaw d’Hooper franchement limite) le tout en respectant un canevas plus simpliste sans doute pour le marché DVD. Pour autant le film n’est pas non plus la grosse daube tant décriée mais tout au plus un film sympa qui se laisse regarder sans le moindre sérieux si tant est qu’il soit abordé de cette façon là et non comme la suite tant attendue de l’œuvre de Rob Schmidt.

Ma cote: 6/10 

31/01/2008

Wilderness

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Qui de Neil Marshall avec son Dog Soldiers (2002) ou de Danny Boyle avec son 28 Days Later (2002) relança le cinéma d’horreur britannique ? Difficile à dire et de toute façon peu importe la paternité du revival tant qu’on a l’ivresse ! A l’instar d’autres pays européens, comme l’Espagne par exemple, les Britanniques nous offrent chaque année depuis cinq ans un survival puissant et remarquable en tout point.

C’est dire comme l’attente était grande et la pression importante sur les épaules du jeune réalisateur Michael J. Bassett pourtant nanti d’une bonne impression laissée depuis son Deathwatch (2002).

Dans une atmosphère tendue et froide exprimée par des couleurs froides, bleutées, Wilderness commence par une longue présentation des protagonistes enfermés dans un camp de redressement pour jeunes délinquants. Victime de harcèlement et d’humiliations en tout genre, un des jeunes se suicide et rend responsables ses compagnons de chambrée envoyés pour la cause sur une île déserte d’Ecosse. C’est là qu’ils vont devoir apprendre le respect d’autrui dans un programme d’insertion sociale des plus radicaux et des plus militaires. Sous le commandement de Jed, le chef mitard, la petite troupe se trouve soudainement la proie d’un tueur redoutable et sans pitié.

Comme on le voit, le scénario suit les codes du revival classique et lorgne allègrement du côté de The Battle Royal (2000) de Fukasaku, de Severance (2006) de Christopher Smitm ou encore d'un Deliverance (1972) de John Boorman. Bassett préférera quant à lui parler du Predator (1987) de McTiernan sans doute en raison de l’isolement en forêt et de ce prédateur puissamment armé tapi dans l’ombre décimant un à un les membres de l’expédition. Le réalisateur anglais connaît ses classiques et certainement Sa Majesté des Mouches de William Golding référence littéraire principale de Wilderness. Car la force du film réside incontestablement dans la personnalité des délinquants. De véritables bombes en puissance qui ne demandent qu’à exploser, déverser leur haine du système sur une société qui s’en protège en les enfermant. De leur passé on ne connaît rien ou presque mais on devine dans le regard de ces gueules marquées par la vie des pulsions destructrices qu’il est illusoire de vouloir canaliser dans ces circonstances dramatiques. Pour cela Bassett a fait appel à Toby Kebbell (Dead Man’s Shoes, 2004) ou encore Stephen Wight pour jouer ces petites frappes au crâne de skinhead et au regard de tueur.

Et pour diriger tout ça, cerises sur le gâteau, les présences de Sean Pertwee (Dog Soldiers, 2002) décidément malheureux en p’tit chef et Alex Reid (The Descent, 2005) qui réunit toujours autant la beauté et la rage guerrière.

Vous ajoutez quelques autres jeunes acteurs britanniques aux gueules de l’emploi et vous avez un cocktail explosif qui offre au réalisateur britannique la possibilité de faire apparaître le danger sous n’importe quels traits et à tout moment.

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Wilderness est une œuvre à petit budget filmé en super 16 donnant ainsi une vision documentaire plus réaliste que nos voisins d’outre Manche apprécient particulièrement. On sent Bassett avoir l’envie de rivaliser avec ses illustres compatriotes en empruntant souvent les mêmes procédés mais malheureusement plus limité dans le budget à l’instar de ces scènes d’attaque filmées caméra à l’épaule voire carrément « à la main » aux résultats plus que douteux. Malgré également quelques invraisemblances (l’instructrice tombant d’une falaise et parvenant néanmoins à s’en sortir moi je dis respect !!) l’ensemble du film reste cohérent et distille quelques bon moments d’angoisse et des effets choc du plus bel effet. Et même si l’humour anglais qui ponctue si souvent les dialogues savoureux des films de Christopher Smith ou d’un Edgard Wright est plutôt rare ici il n’empêche qu’on ne peut parfois pas s’empêcher de sourire aux quelques twist du scénario dont notamment l’apparition d’une autre troupe de délinquants sur cette île déserte mais avec cette fois… des nanas ! Connaissant le casier judiciaire de certains des jeunes gars condamnés pour agressions sexuelles on lit sur le visage de l’instructeur Jed la prise de conscience du merdier dans lequel il se retrouve confronté.

Wilderness est un survival sympa qui n’atteint pas la même réussite visuelle et spectaculaire d’un The Descent ou d’un Severance mais n’en reste pas moins un de ces films britanniques réalistes, spectaculaires et par moment bien gore peaufiné d’humour noir. Un achat DVD à conseiller mais pas forcément de toute urgence…

Ma cote: 7/10 

30/01/2008

Candyman (1992)

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Chicago, Illinois, deux étudiantes travaillent sur une thèse dont le thème est les légendes urbaines. L’une de ces légendes est celle de Candyman, ce géant noir qui tue de son crochet implanté dans son moignon ensanglanté hommes, femmes et enfants à l’appel de son nom prononcé cinq fois dans un miroir. Helen, l’une des deux étudiantes, décide d’enquêter sur le croque-mitaine qui semble sévir dans un ghetto noir du côté de Cabrini Green au risque d’y laisser sa vie.
Bienvenue dans l’univers de Daniel Robitaille alias Candyman. Une légende urbaine, un cauchemar éveillé issu de l’imagination baroque de Clive Barker et mis en lumière par Bernard Rose, réalisateur anglais jusque là peu inspiré et à la carrière inégale.
Il aura suffit d’un film, et quel film, pour faire entrer le personnage dans le cercle très fermé et très prisé des grands noms du cinéma d’épouvante.
La grande qualité de Bernard Rose dans cette œuvre intemporelle est de créer une atmosphère unique, lourde et sombre dans un enfer urbain déshumanisé et perverti socialement par la recherche de l’intérêt personnel. Implanté l’antre du boogeyman dans une cité coupe-gorge dans laquelle la jeune étudiante (émanation physique parfaite de la bourgeoisie intellectuelle snobinarde des grandes banlieues) se retrouve plongée relève tout simplement d’une idée de génie. Car enfin ce Candyman qui se nourrit de la rumeur n’est jamais que le symbole même de la victime brimée, humiliée au nom de la race parce que celui-ci avait eu le malheur d’aimer une blanche. Deux cent ans après rien ne semble avoir changé. La haine raciale est toujours présente et se confine donc désormais dans des cités lugubres dirigées par des bandes de criminels et où le fantôme du géant noir plane toujours autant le long des murs tagués de la cité. Cette dichotomie sociale qui prend naissance dans la légende est présente à chaque instant du film et rend plus difficile l’enquête que décide de mener Helen pour connaître la vérité. Mal lui en prit puisqu’elle sombre tout doucement dans une machination morbide qui fait d’elle le coupable tout désigné des meurtres atroces perpétrés pourtant par Candyman. Une chute infernale, onirique et sensuelle que Bernard Rose nous invite à suivre dans un monde cauchemardesque d’un pessimisme étouffant faisant preuve d’une grande maîtrise de la mise en scène et parvenant à nous effrayer autant que nous émouvoir. Le grand manteau de fourrure de Candyman (qui n’apparaît dans le film qu’au bout de 45 minutes) ne pouvait être revêtu que sur les épaules larges de Tony Todd. À la fois effrayant mais aussi hypnotisant l’acteur américain impose son personnage au point d’incarner le croque-mitaine à jamais dans la tête des cinéphiles malgré le grand talent de cet acteur sympathique à la voix spectrale et à la filmographique aussi importante qu’éclectique. Face à lui une Virginia Madsen, belle blonde aux yeux envoûtants, qui nous joue la Ann Darrow du monstre Candyman et qui complète remarquablement ce duo improbable.
Certaines scènes resteront longtemps dans les mémoires à l’instar de ce baiser « piquant » et de la scène finale flamboyante au propre comme au figuré. Mais la véritable héroïne du film n’est-elle pas tout simplement cette atmosphère d’outre-tombe emmenée par des chants de chorale et planant sur cette œuvre. Un film se présentant comme un conte obscur, un diptyque calqué sur la vie de la charmante Helen passée au-delà du miroir dans un sacrifice émouvant et réparateur.
Bernard Rose réussit remarquablement à nous terrifier en faisant appel à nos peurs primales enfouies dans nos mémoires comme dans les tréfonds de la ville mais tout en nous offrant une œuvre d’une poésie noire et troublante alliant à merveille le fantastique, l’horreur et le policier. Candyman, Candyman, Candyman, Candyman…
 
Ma cote: 9/10 
 

24/01/2008

Spiral

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En 1998, Hideo Nakata rouvrait avec Ringu (The Ring) de façon fracassante un genre qui fit les beaux jours du cinéma d’épouvante asiatique dans les années 60 : le Kwaidan Eiga et sa galerie fantomatique. Bien aidé en cela par le producteur Takashige Ichise, véritable mécène pour ces jeunes réalisateurs talentueux, Jôji Lida s’attaqua, quant à lui, à la véritable suite de Ringu selon l’auteur et créateur de la saga Kôji Suzuki en personne.

Mitsuo Ando est un médecin légiste torturé par la mort accidentelle de son fils dont il se sent responsable. Un jour, il doit autopsier le corps d'un de ses anciens amis dont il apprendra très vite qu’il a été tué par Sadako Yamamura. Intrigué il se lance alors dans une enquête qui va l’amener à découvrir les desseins terrifiants de ce terrifiant spectre.

On reconnaît très vite la griffe de la J-Horror japonaise à travers cette œuvre qui fait la part belle une nouvelle fois au Yurei Sadako, cette jeune femme possédée par le démon, incarnation même de la vengeance et jetée dans un puit par son propre père pour tenter de conjurer la malédiction. On retrouve donc ce fantôme aux longs cheveux noirs, à la robe blanche et aux paumes en dedans (allégorie du Yin) mais de façon beaucoup moins présente que dans les autres épisodes de la saga consacrée à Sadako. C’est que très rapidement on se rend compte au fil des minutes que le film n’aborde pas la même direction que les autres signés Nakata. Commençant comme une intrigue policière entrecoupée par moment de visions fantomatiques toujours du plus bel effet, Spiral emprunte les critères du film de Science-fiction où il n’est plus question de mourir après avoir vu une cassette vidéo mais plutôt par contamination d’ADN. Les êtres se reproduisent alors en deux ou trois semaines à l’identique (clonage) mais avec à chaque fois pour moitié les gènes de Sadako. S’il est souvent difficile de maîtriser toutes les subtilités scénaristiques de Jôji Lida et de Suzuki il faut bien reconnaître que le scénario a tout pour vous glacer le sang quant à l’avenir du monde. « Le jour du repos ne reviendra peut-être plus jamais » lance d’ailleurs froidement  un des ces clones.

Cette fatalité ambiante, où les moments d’émotion sont rares, se traduit à merveille par Lida à travers une mise en scène très sobre, au son très métropolitain (les bruits de la rue sont omniprésents) et aux couleurs très sombres. Une sensation d’isolement, récurrente dans la filmographie japonaise actuelle, parfois trop pesante mais souvent l’ingrédient premier de la terreur.

Certaines longueurs et un scénario difficile desservent quelque peu ce film qui déroute inévitablement mais qui comporte encore néanmoins des scènes choc, terriblement flippantes provenant essentiellement de la présence de Hinako Saeki, unique interprète de la déjà mythique et spectrale Sadako. Moins abordable et terrifiante que la saga Ring plus officielle, Spiral n’en reste pas moins une œuvre intéressante et fidèle à l’œuvre première de Suzuki.

Ma cote: 6/10 

23/01/2008

300

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Oui je sais 300 n’est pas trop un film d’horreur mais exceptionnellement j’ai envie de rendre hommage à ce film que j’admire beaucoup…

Voilà une œuvre qui fera date dans l’histoire du cinéma car visuellement innovatrice et polémiquement écrite. Comment diable ne pas rester admiratif face à ces peintures pelliculées véritables odes au Néo-classicisme d’un David, mises superbement en action par des acteurs qui feraient pâmer de plaisir les amateurs de corps bodybuildés et semblant sortir tout droit de la revue Gay. Ces filtres crépusculaires accentuant les contrastes de ces soldats nous donnent une vision intemporelle voire apocalyptique de cet épisode dramatique des Guerres médiques. Naviguant entre le bestiaire effrayant du Seigneur des Anneaux et le romantisme guerrier d’un Gladiator, 300 nous fait plonger deux heures durant dans des explosions d’effets visuels le tout chorégraphié par un Zack Snyder décidément très doué pour nous en mettre plein la vue.

L’histoire est déjà écrite et certaines adaptations libres des scénaristes nous déversent l’éternelle histoire mythique du héros quittant à regret sa femme, son fils et sa patrie pour l’honneur et la gloire espérant inscrire son nom aux frontispices des temples grecs. Remarquons d’ailleurs l’incompréhension qui demeure quant aux raisons qui obligèrent le roi Léonidas d’aller affronter avec 300 de ses meilleurs guerriers une armée perse de plusieurs millions d’individus.

Mais peut-être que c’est tout simplement là que se crée la polémique qui entoure ce film. S’attaquer au mythe sparte c’est aborder un cadre de vie sur lequel bon nombre de régimes totalitaires se basèrent pour exalter les foules avides de l’exploit guerrier et du repli nationaliste. Une race grecque qui obligeait l’eugénisme à la naissance (les bébés jugés trop faibles pour devenir guerrier étaient jetés dans les abîmes de la côte Laconique), qui instituait l’élitisme guerrier comme seule accession sociale et la guerre comme seule raison d’être.

Mais après tout, le souhait du réalisateur américain n’est-il pas de présenter des super-héros, émanations même d’une mythologie grecque faisant la part belle à ces demi-dieux qui peuplent les récits des auteurs de la Grèce Antique ? Existe-t-il donc une pensée unique d’une certaine intelligentsia cinématographique qui consiste à démolir constamment les films privilégiant l’esthétisme primaire voire bestial ainsi que ce besoin des spectateurs  de retrouver ces héros légendaires que le réalisme social actuel tente d’éradiquer pour d’obscures raisons ?

Ce besoin atavique que nous avons tous d’assister à des combats épiques d’un romantisme fou et véhiculant des valeurs comme l’honneur, le respect, la fidélité se retrouve dans l’histoire de l’Art en général et au cinéma tout particulièrement depuis ses origines. Cela fait-il de nous des militaristes acharnés, des adorateurs de l’icône guerrière ?

Zack Snyder a eu le mérite de ne pas se poser la question et réalise là une œuvre d’une beauté saisissante que les grands auteurs grecs n’auraient pas reniée dans leurs éloges panégyriques. Des scènes de combats à couper le souffle et du gore à bon escient font de ce bijou un film qui s’inscrit dans le renouveau d’un péplum plus agressif, plus spectaculaire encore aidé en cela par un graphisme numérique spectaculaire et devenu incontournable. On regrettera peut-être par moment un peu trop de références au film de Ridley Scott que pour pouvoir éviter la comparaison toujours fatale.

Bref, un film visuellement superbe qui vous fera frapper du poing sur le torse le regard déjà posé sur l’horizon. Pour la gloire !!

Ma cote: 9/10