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15/03/2008

The Abandoned (2006)

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Après les sensationnels Aftermath (1994) et Genesis (1998), Nacho Cerda décide enfin de sauter le pas avec ce premier long-métrage très attendu. Très attendu parce que le réalisateur espagnol nous avait offert avec ses deux courts un cinéma brut de décoffrage, deux gifles retentissantes et à contre-courant d’un cinéma des années nonante aseptisé et peu culotté.
Depuis, le cinéma de genre s’est réveillé de cette longue léthargie et avec lui une série de réalisateurs talentueux et novateurs. Mais Cerda ne se soucie guère de cette nouvelle concurrence, préférant prendre son temps et finaliser calmement le scénario déjà commencé par Karim Hussain (La belle Bête, 2006). Attiré, comme tant d’autres, par l’aventure outre-Atlantique il bénéficie d’un budget qui lui permet d’apporter une autre dimension à une carrière un peu légère en nombre.
L’histoire est celle de Marie Jones, une quadragénaire décidée à en savoir plus sur ses origines obscures. Pour cela elle doit se rendre en Russie, dans une ancienne ferme paternelle perdue au milieu des bois et affronter sur place d’anciens fantômes terrifiants.
Pour l’occasion, Nacho Cerda reprend son thème de prédilection : la mort sous toutes ses formes et ses différentes manifestations sur Terre. Pour cela il utilise un classicisme rendu obligatoire par la lourde codification du film de fantômes. On y retrouve les poncifs du genre avec les sons étranges, les ombres qui passent et la musique d’ambiance toute de circonstance. Une atmosphère extrêmement tendue et lugubre accentuée par des couleurs sombres, froides et des décors abandonnés, d’un autre temps. L’héroïne (Anastasia Hille, excellente malgré un certain anonymat cinématographique), plongée dans un Pays de l’Est qu’elle ne connaît et dont elle ne maîtrise pas la langue découvre, comme un puzzle qui se reforme (visuellement très réussi), son triste passé.
Comme dans un cauchemar éveillé, la maison reprend vie. Cela nous vaut quelques scènes de toute beauté comme celle où, balayant une pièce avec le faisceau lumineux de sa lampe de poche, Marie découvre en même temps le décor d’antan et La scène où tout commença.
Esthétiquement, The Abandoned est une merveille cinématographique où chaque plan est une photographie soignée, étudiée, authentifiant la signature talentueuse du réalisateur ibérique. Mais voilà, certes on a peur, on sursaute souvent mais il faut bien reconnaître que le film s’inscrit dans un graphisme récurent depuis quelques temps et n’apporte donc plus trop son lot de surprises. On reste toujours autant béat d’admiration devant ces visuels travaillés mais on ne peut s’empêcher d’attendre cette nouvelle gifle qui n’arrivera malheureusement pas. La faute sans doute à un travail visuel trop ostentatoire peut-être, très classique certainement, mais peu interpellant. Cerda nous avait habitué à un cinéma plus ambitieux, intelligemment provocateur et nous offre avec The Abandoned une très belle et sombre histoire qui ravira à coup sûr les amateurs du cinéma d’angoisse mais néanmoins c’est du déjà vu, déjà abordé ailleurs sous d’autres formes et notamment dans l’école du cinéma d’horreur espagnol voire asiatique.
L’œuvre est belle, soignée et terriblement efficace dans sa mise en scène mais ne comporte pas suffisamment cette touche très personnelle du réalisateur à l’origine du très dérangeant Aftermath. Mais que cette déception toute relative ne vous empêche pas d’admirer néanmoins ce sombre conte parfois onirique et souvent terrifiant…
 
Ma cote: 6/10 
 

12/03/2008

The Mist (2008)

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Le genre « films de monstres » revient et c’est tant mieux. Rien que pour ce début d’année 2008, les passionnés du genre auront eu la chance de voir Cloverfield et… The Mist, deux succès populaires de très bonne facture.

Pour adapter une des meilleurs nouvelles de Stephen King qui mieux que Frank Darabont lui-même pouvait relever le pari difficile d’adapter une œuvre du maître de l’épouvante. Car il faut le reconnaître, le cimetière des réalisateurs s’étant cassé les dents sur un tel projet est bien rempli et rares donc sont les adaptations réussies aux yeux des aficionados du génial écrivain. Darabont fait indéniablement partie de ces réalisateurs qui ont la King's Touch avec deux œuvres abouties et superbes : The Green Mile (1999) et The Shawshank Redemption (1994). 

The Mist raconte le cauchemar vécu par toute une ville envahie par un brouillard annonciateur de malheurs. Certains habitants retranchés dans une grande surface assistent à la prise d’assaut de celle-ci par une horde de bêtes monstrueuses et gigantesques qui ne laissent aucune chance aux rares individus qui osent s’enfuir. Petit à petit, cette communauté devient une sorte de microcosme de la vie en société avec ses héros, ses profiteurs, ses fous de Dieu et surtout ses inévitables tensions inhérentes à la hiérarchisation des statuts sociaux.

Car au-delà d’un film fantastique au bestiaire préhistorique ou futuriste, c’est d’abord et avant tout une très belle réflexion sur une nature humaine qui souvent se révèle au grand jour à travers la peur. À l’instar de The Shelter (Twilight Zone) où à l'annonce d'une attaque nucléaire, un groupe d'amis banlieusards se battaient férocement pour la possession du seul abri du quartier, The Mist nous présente ici aussi des personnages confrontés à la folie sanguinaire d’une intégriste religieuse ou encore à des rednecks locaux en manque de considération sociale. Comme si les bébêtes de dehors n’étaient que prétextes à expurger les frustrations d’une bande d’individus brimés, lâches et égoïstes.

Filmé en partie comme un documentaire, Frank Darabont n’en oublie pas pour autant de nous faire peur. La montée en puissance de cette tension provoquée par la peur de l’inconnu et la non-acceptation de la réalité est tout simplement remarquable malgré un début un peu fade et classique. Darabont est décidément un formidable conteur, capable de captiver son public au point de l’entraîner dans un Extraordinaire, un Au-delà de la conscience humaine tout en délicatesse. Une sorte de réalisme magique où des individus normaux se retrouvent plongés dans l’Indescriptible en un rien de temps pour le dire. C’est cet antagonisme scénaristique qui vous scotche tout le long du film. Stephen King n’a-t-il pas lui-même écrit cette histoire alors qu’il faisait ses courses dans le supermarché du coin en s’imaginant ce que donnerait l’attaque d’une horde de monstres. Procédé imaginatif souvent utilisé au cinéma quand on pense à l’assaut de zombies contre une grande surface commerciale dans le cultissime Dawn of the Dead (1979), l’invasion d’extraterrestres dans War of the Worlds (2005) ou l'inoubliable The Fog (1980) de Carpenter.

Comme Stephen King, Darabont aime cette Amérique profonde, rurale voire oubliée où rien ne semble jamais venir perturber la monotonie silencieuse et calme de la vie rurale.

Un film d’une tension parfois insoutenable, aux scènes souvent gore et spectaculaires et agrémenté d’effets spéciaux du plus bel effet. Pour l’anecdote, on remarquera au début du film un clin d’œil à Carpenter (le The Fog bien nommé) mais aussi à Stephen King justement avec les affiches du film The Thing et du Pistolero de la saga de la Tour Sombre (le héros interprété par un insoupçonné mais très talentueux Thomas Jane est dessinateur d’affiches de cinéma). Toujours point de vue casting on appréciera des « gueules » comme Andre Braugher et William Sadler mais aussi Marcia - Into the Wild- Gay Harden.

The Mist restera une des œuvres fantastiques et spectaculaires les plus marquantes de ces dix dernières années à l’instar de son final horrible et des plus perturbants allant à contrario des happy ends hollywoodiens classiques.

Ma cote: 8/10 

11/03/2008

Horror Hospital (1973)

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Sorti un an avant le cultissime The Rocky Horror Picture Show, Horror Hospital a-t-il influencé Jim Sharman pour son opéra rock? On peut se poser la question puisqu’ici aussi, un jeune couple, attiré par une affiche présentant les mérites d’une pension pour personnes déprimées, se rend dans la campagne anglaise où réside dans un merveilleux château le Dr Storm spécialisé dans les traitements contre la dépression. Arrivés sur place, ils se rendent compte qu’ils vont être les prochains cobayes d’expériences de lobotomisations.

Réalisé en 1973, Horror Hospital possède cette crazy touch de la décennie pop rock que sont les seventies et nous fait invariablement penser à ces séries so british où gadgets et décors baroques se combinaient à merveille. Ce couple hippie (dont le mec ressemble furieusement à un Mick Jagger jeunot) inscrit à l’agence de voyage Hairy Holiday (nom bien inspiré) et plongé dans l’univers conservateur de cette demeure anglaise nous vaut quelques escarmouches intergénérationnelles bien balancées et surprenantes avec les occupants.

Le maître des lieux, interprété par l’inénarrable Michael Gough, représentant de cette dernière race de pachydermes de l’époque victorienne, tente d’aliéner selon une théorie pavlovienne douteuse quelques membres de cette génération rebelle, désastre annoncé de l’Angleterre de demain.

Face à lui donc, un couple nouvellement formé, le joint comme oriflamme grégaire et butinant déjà dans des scènes d’un érotisme soft, voire suranné. Pour éviter une lobotomisation forcée ils doivent affronter les sbires du Dr Storm, sortes de motards de la police casqués et franchement piètres combattants ou bien encore une vieille limousine noire munie d’une lame décapitant tout fuyard mal inspiré.

Malgré une très belle lumière, des décors à la Austin Power (ou l’inverse si vous voulez) et une atmosphère délicieusement lourdingue, Horror Hospital n’est qu’une vaste pantalonnade de mauvaise facture où humour et mise en scène souvent théâtrale ont très mal voyagé à travers les trois décennies qui nous séparent. Que dire d’un jeu d’acteur excellemment mauvais et de ce maquillage très Z qui rendent le film souvent indigeste. Mention spéciale à Gough néanmoins qui nous sort une prestation classique très shakespearienne toute en retenue et très class et qui sauve quelque peu à lui tout seul ce (pourtant) mauvais film.

Un film hommage, un film clin d’œil qui a mal vieilli donc et qui nous offre pour l’occasion une fin très « créature du marais » involontairement hilarante. Un film qui ne se prend pas au sérieux, certes, mais qui n’est pas amusant pour autant. On lui préférera l’œuvre de Jim Sharman…

Ma cote: 4/10 

06/03/2008

Genesis (1998)

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Troisième volet de la Trilogie de la mort, Genesis (1998) est sans doute le court métrage le plus émouvant et le plus beau de ce triptyque.

Un homme perd son épouse dans un accident de voiture. Écrasé par le chagrin, il décide de réaliser une sculpture à l’effigie de son aimée avant de se rendre compte au final que la sculpture prend vie et que lui-même devient pierre.

Pour une deuxième collaboration, Nacho Cerda fait appel à son ami Pep Tosar pour incarner ce sculpteur qui n’est plus que l’ombre de lui-même terrassé par une douleur sans nom et obnubilé par sa création.

Une nouvelle fois le réalisateur espagnol parvient à installer ses personnages et leur histoire dans un format difficile qui est celui du court métrage. Après tout, quelques images suffisent pour comprendre et dans ce domaine là Cerda est tout simplement doué. La photographie de Genesis confirme la beauté visuelle déjà découverte dans Aftermath grâce à une lumière astucieuse et des plans originaux.

On y retrouve déjà les fondations d’un cinéma d’horreur ibérique encensé actuellement à travers le monde. Un cinéma qui fait la part belle à l’émotion, suscitant une empathie envers des personnages meurtris par la vie, par un destin cruel et qui se retrouvent plongés dans des situations angoissantes, terrifiantes. Un cinéma d’épouvante très réaliste et très social qui va chercher au fond de chacun d’entre nous des sentiments divers et des émotions nouvelles. C’est en cela que ce cinéma espagnol est innovateur, quitte à devoir utiliser des procédés classiques mais toujours aussi efficaces.

C’est donc le cas avec ce sculpteur dont on ne sait rien dans le film si ce n’est son amour fou pour sa belle épouse (grâce à un petit film amateur sur une fête de famille) décédée dans un accident de voiture (flash back onirique de l’artiste). Mais ce sont ces caresses de l’artiste façonnant dans la pierre le corps de sa femme qui sont émouvantes car ce sont les caresses d’un homme qui veut très vite immortaliser l’amour de sa vie avant qu’elle ne disparaisse sans doute de sa mémoire. L’inacceptation, le refus d’une vérité qui fait mal. La mort est un sujet qui intrigue Nacho Cerda c’est certain. Après une vision crue, perverse de celle-ci dans Aftermath, le réalisateur espagnol nous rappelle le côté inéluctable, irréversible d’un deuil à travers une fable cynique où deux êtres qui s’aiment inversent le cours des choses pour un ultime adieu.

Rien de gore ici mais certaines scènes transformistes impressionnantes et une atmosphère étrange entretenue par une musique douce.

Genesis est un beau film tout simplement. Une œuvre qui jette définitivement les bases d’une carrière prometteuse et confirmée depuis grâce à The Abandoned (2006).

Ma note: 8/10 

04/03/2008

I Know Who Killed Me (2008)

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Victime de la réputation sulfureuse de son actrice principale et de la récompense empoisonnée (la framboise d’or 2008) qu’elle a reçue il y a peu, le film I Know Who Killed Me ne partait donc pas avec les faveurs du public et de la critique internationale avant même d’être diffusé.

Aubrey, une jeune fille enlevée en pleine ville, est retrouvée quelques temps plus tard le bras et la jambe amputées. Devenue totalement amnésique, celle-ci décide, une fois rétablie, d’entamer sa propre enquête pour connaître le tueur en série responsable de sa nouvelle vie.

Ce qui d’emblée frappe avec cette œuvre étrange c’est la très belle photographie de certaines scènes léchées et notamment celle du strip-tease où l’on voit Lyndsay Lohan se trémousser dans une danse émoustillante et engageante très clip MTV. Sans nul doute un des maîtres atouts du film avec également le choix des couleurs très contrastées dont ce bleu énigmatique qui revient sans cesse ou encore ces fondus écarlates entre certains chapitres.

Malheureusement cette originalité artistique ne s’accompagne pas d’un scénario sans reproche loin s’en faut. Un script très brouillon (de nombreux flash-back déroutants) malgré une idée de base originale et intéressante (inracontable sous peine de dévoiler l’intrigue) mais qui n’arrive pas à s’imposer mettant en cause une série trop importante de clichés et d’invraisemblances empêchant par la même occasion tout investissement dans l’histoire de la part du spectateur. Et c’est franchement dommage car c’eût été plus judicieux une approche moins expéditive du cas de cette malheureuse terriblement amputée après des jours de torture et qui, ici, reprend le dessus moralement et physiquement en un temps record annihilant ainsi toute empathie pour ce personnage intéressant. Une vision physiquement et psychologiquement plus réaliste d’Audrey aurait gagné à y être mieux développée et pourquoi pas via un voyeurisme trash (à la Cronenberg) et cru.

Dommage car on sentait Lyndsay Lohan capable de soulever le défi contredisant ainsi les nombreuses critiques incendiaires et injustifiées à son encontre (sans doute suis-je ensorcelé). C’est même le seul choix judicieux et crédible d’un casting épouvantable où l’on retrouve en papa « malheureux » un Neal McDonough (The Hitcher 2007) insipide voire inutile, une Julia Ormond dans un rôle beaucoup trop étriqué pour un talent comme le sien ou encore un Brian Geraghty icône même des teenagers américains surhormonés.

Bref un film étrange qui passe tristement à côté de son sujet mais qui n’est pas non plus dénué d’intérêt et n’est pas non plus le gros bide de l’année. Il existe dans I Know Who Killed Me une atmosphère certaine et des scènes de tortures très impressionnantes dues en partie à un maquillage remarquable et des effets spéciaux subtiles et discrets. Dommage donc ce scénario trop léger (on soupçonne trop vite l’identité du serial killer), expéditif et lourd de ces éternels clichés phagocytant un certain cinéma d’horreur américain qui caresse dans le sens du poil…

Ma note: 5/10 

03/03/2008

Aftermath (1994)

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Réalisé en 1994, par un digne inconnu alors, Aftermath reste 14 ans plus tard un véritable ovni du cinéma d’horreur. Une œuvre révolutionnaire pour un jeune réalisateur de 25 ans qui alla jusqu’au bout de son délire. Aftermath est certes une œuvre de jeunesse mais pourtant empreinte d’une maturité étonnante bien nécessaire pour aborder un sujet aussi délicat que celui de la nécrophilie.
Un court métrage (30 min.) obscure présentant un médecin légiste pratiquant des autopsies. Une fois seul, le médecin se livre à des actes sexuels répugnants sur le cadavre d’une jeune femme et finit par la violer avant de donner son cœur en pâture à son chien le soir chez lui.
Aftermath renoue avec ces anciens démons du passé ou des hommes cultivés, raffinés s’adonnaient autrefois dans des camps à des atrocités d’une barbarie répugnante. En effet, baigné d’une jolie musique classique, Nacho Cerda nous dépeint un tableau anatomique de victimes dépecées avec un réalisme terriblement impressionnant et opérées par un lambda bien sous tous rapports, méticuleux et froid.
Une fois passée l’émotion ressentie après la vue de ces cadavres autopsiés, le spectateur se retrouve alors confronté à la perversion sans nom, l’horreur dans ce qu’elle a de plus humaine. Obsédé par la mort, Cerda nous montre un homme, le regard mort, allant jusqu’au bout de sa folie, violant le corps d’une défunte éviscérée dans une mise en scène sans concession, jusqu’auboutiste, ultra réaliste. Une vision qui vous glace le sang et vous plonge dans la stupeur. Un décor bleuté, métallique que le sang écarlate vient recouvrir sur la table, sur le masque du médecin, sur le carrelage…
Une démence filmée dans les grandes largeurs, dans l’isolement d’une pièce close et protégée de la curiosité grâce au paravent social qui nous empêche d’affronter la vision de la mort à l’instar de cet employé jetant un œil sur le travail des médecins légistes avant d’abandonner, glacé par la vision. Cerda, lui, ne s’en soucie guère et nous choque, nous remue les tripes et nous oblige surtout à affronter une vérité que nous nous obligeons par bourgeoisie à ne pas assumer.
La perversion est un mal qui nous entoure et que nous le voulions ou non vouloir la snober au cinéma, pourtant miroir de nos attentes et de notre société, est une façon hypocrite d’éviter la confrontation avec notre peur de l’inconnu.
L’âme n’est plus, seul le corps reste offert désormais à des mains étrangères pour un dernier contrôle, sa dernière préparation. Un réalisme gore qui poussa même certains à penser que l’escroquerie de Roswell (souvenez-vous ce merveilleux Pradel), où l’on voyait un extraterrestre se faire découper sur une table d’autopsie, était l’œuvre du génial réalisateur espagnol.
Aftermath est une terrible claque qui vous oblige à remettre les pieds sur terre et à ne pas oublier qu’en chacun d’entre nous un monstre veille, tapis dans l’ombre, prêt à se réveiller pour le plus grand malheur. Un voyage répugnant dans l’ultra réalisme et la perversion sans limite. Souvenez-vous de Rotenbourg….
 
Ma cote: 8/10 
 

29/02/2008

Black Sheep (2007)

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Multi récompensé (Bifff, Gérardmer notamment), Black Sheep aura été certainement une des plus grosses surprises de l’année 2007 à l’instar d’un Slither par exemple. Avec cette histoire de moutons tueurs contaminés prenant d’assaut la ferme de leur « géniteur » et manipulateur génétique, le réalisateur néo-zélandais Jonathan King choisissait délibérément la voie de la série B et annonçait ainsi d’emblée une pantalonnade lourdingue venant du pays des moutons.

Dès les premières minutes c’est un festival de bourdes provenant de ces anti-héros délicieusement teintés d’un humour british qui déferle ainsi dans ce film tourné dans des décors de rêve et où gambadent des centaines de moutons broutant paisiblement dans des champs d’un vert bio. Une herbe tendre qui très vite ne les satisfait plus, préférant la chair humaine et contaminant au passage des fermiers se transformant soudainement en monstre ovin sanguinaire.

Face au propriétaire de cette ferme labo, des activistes de la cause animale se retrouvent très vite eux aussi dans ce carnage, un clin d’oeil qui s’inscrit logiquement dans cette émergence du film d’horreur écologiste qui chaque année nous sort un ovni sympa comme Isolation (2005) ou Severed (2005).

Une galerie de personnage haute en couleur qui offre une gamme de clichés en tous genres reproduits grossièrement et de façon hilarante. Entre les fermiers mangeurs de tripailles, les végétariens bobos et l’ovinophobe citadin le scénario offre des répliques délirantes de non-sens, du style :

(La vieille fermière, le canon de son fusil sur la nuque de son petit-fils) « Pas un geste à moins que ton rêve soit d’avoir des trous de narine derrière la tête » ou encore cette réplique :

- « Qu’est-ce que tu fais des moutons ?

-  Je les encule les moutons !

- Non, ils sont trop nombreux, tu n’as pas le temps ! »

Jouant sur l’éternelle guerre opposant les fermiers et les défenseurs de la production bio, Jonathan King nous offre un pamphlet écolo efficace où scènes gore de moyenne qualité alternent avec situations grotesques. Ça ne fait pas toujours mouche mais le côté déjanté de l’œuvre dans son ensemble nous rappelle ô combien est difficile de conjuguer humour et horreur aussi parfaitement qu’un Shaun of the Dead encensé par la critique autant que le public. Une blague potache réussie néanmoins qui se termine dans un gros pet flambé de méthane et qui réjouit nos zygomatiques à défaut d’exploser notre taux d’adrénaline.

Ma cote: 7/10 

26/02/2008

Toolbox Murders (2003)

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Un jeune couple, Nell et Steven Barrows, désireux de s’installer à Hollywood emménage dans un vieil immeuble historique de la ville appelé le Lusman Arms. Un immeuble lugubre en pleins travaux de rénovation où de mystérieuses disparitions se succèdent sans éveiller l’intérêt des locataires sauf celui de Nell qui découvre qu’à l’intérieur des murs du bâtiment réside un terrible secret.

Réalisé en 2003, Toolbox Murders (remake éponyme de 1978) est une énième tentative de Tobe Hooper  de renouer avec un succès qui lui échappe maintenant depuis un certain Poltergeist de 1982. Adulé pour avoir créer une des œuvres les plus subversives du cinéma d’horreur avec Massacre à la tronçonneuse, l’ami Hooper semble avoir depuis choisi la même voie qu’un Wes Craven pervertit par l’appât du gain d’un cinéma pop-corn facile et niais et dont le seul nom apposé au casting permit de croître sa fortune au grand dam de ses aficionados de la première heure.

Complètement dépassé par une génération talentueuse de jeunes réalisateurs réussissant maintenant ce qui fit la renommée du Texan autrefois, Tobe décide alors de relancer pour ce film-ci un nouveau boogeyman à l’instar de son mythique Leatherface.

Car il faut bien le reconnaître, le masque de cuir en moins, notre croquemitaine 2003 possède de nombreuses caractéristiques communes avec le tueur en série du Texas. Le visage déformé, une force herculéenne et le goût du craspeque entre autres…

Et comme pour mettre un maximum de chance de son côté, le réalisateur fit appel à Angela Bettis, découverte dans l’émouvant et surprenant May et promise à un bel avenir en raison de son immense talent.

Pour le reste, Toolbox Murders n’est qu’une alternance de procédés cinématographiques récurrents, de clichés faciles prouvant une nouvelle fois la flemme de Hooper qui bénéficiait pourtant ici d’un scénario original (des pièces secrètes situées au sein même de la bâtisse) mais qui au final s’avère être un pétard mouillé car trop rapidement expédié et noyé dans cette volonté visuelle de balancer des scènes sanglantes toutes les cinq minutes.

Long, ennuyeux, on anticipe des minutes à l’avance chaque scène censée nous plonger dans l’effroi. Et ce ne sont pas les quelques scènes gore qui parviendront à maintenir éveillé un pauvre spectateur décidément approvisionné en masse ces temps-ci de ces films insipides, labellisés teenage et contentant la branche la moins hardcore et nihiliste des amateurs de genre.

Toolbox Murders ce n’est ni plus ni moins qu’une coquille vide que l’on tente de faire avaler aux moins convaincus d’un cinéma plus librement engagé et novateur…

Ma note: 3/10 

22/02/2008

The Breed (2006)

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Une bande d’amis débarque sur une île pour un week-end et se voit très vite la cible d’une meute de chiens enragés dressés pour tuer.

Estampillé Wes Craven, même si réalisé par un de ses nègres real, ce film reprend toutes les caractéristiques de ce monsieur décidément bien étrange. Auteur de quelques œuvres subversives au début de sa carrière (Dernière maison sur la gauche ou encore La Colline a des yeux), le réalisateur américain s’est vendu corps et âme à l’ivresse du jackpot facile offrant ainsi à une jeune génération de reals un formatage, un canevas académique des plus fainéants et contagieux sur le marché du cinéma d’horreur. Dernier adepte pour la méthode Craven : Nicholas Mastandrea, ancien assistant de Romero avant de devenir celui du réalisateur de Scream et à qui est donc confié la réalisation de The Breed.

La recette est simple : des bimbos « avantageuses » et des esthètes décérébrés pour lesquels on leur réserve des scénarios adressés à des adolescents dont le seul objectif est de se pelotter devant un film volontairement linéaire sans se faire interrompre et sans regretter un scénario auquel ils n’auraient de toute façon rien compris.

Et dans The Breed le scénario ça vole : « hi, hi, hi c’est notre cachette câlins » ou encore « ouuuuu t’es vierge ? » et enfin « t’as la rage mais c’est pas grave ». Avouez que le scénariste a de l’humour.

Le black-qui-mourra-en-premier (oups j’ai dévoilé l’intrigue !), la nana-plus-mec-que-nana, l’intello (version Wes Craven hein faut pas charrier), le bellâtre-au-regard-brumeux (ou ténébreux ?) et enfin la chaudasse refoulée (oui, non, peut-être ou alors sans les mains…) l’équipe est au complet.

Et puis la cerise sur le gâteau qui fait que chaque film produit par Craven connaîtra de toute façon son petit succès DVD j’ai parlé du Monstre. Sauf qu’ici ce sont des chiens et que ce choix de l’animal domestique devenu bébête à tuer permet au film qui démarre au quart de tour de nous offrir quelques scènes spectaculaires et une tension toute relative mais belle et bien existante.

Si on arrive à faire abstraction des nombreuses invraisemblances scénaristiques, de cette solennité involontairement hilarante qu’affichent nos héros réfléchissant profondément à la solution qui leur permettra enfin de se barrer on peut alors être intrigué par l’énergie du film qui ne s’attarde jamais grâce à une mise en scène terriblement classique et prévisible mais aussi efficace. Les scènes animales, LE véritable intérêt du film, sont impressionnantes et demandent un travail de dressage remarquablement opéré sous peine de sombrer dans le ridicule.

Face aux chiens, un casting sans prétention mis à part la présence de Michelle-The Host-Rodriguez dans un éternel rôle de meneuse et d’intrépide.

En conclusion, The Breed est un énième produit labellisé Wes Craven qui n’a d’autre ambition que d’alimenter le marché rentable du DVD grâce au seul nom du réalisateur américain. Un film qui ne risque certainement pas la censure MPAA et encore moins de créer la polémique tant son côté conventionnel caresse dans le sens du poil l’establishment policé de la distribution. Un film pop-corn sans intérêt !

Ma cote: 3/10 

21/02/2008

Un jeu d'enfants (2001)

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Écrit et réalisé en 2001 par le très peu prolifique Laurent Tuel (Jean-Philippe, 2006), Un jeu d’enfants narre l’histoire d’un couple parisien bourgeois habitant avec leurs deux enfants une vaste maison en plein cœur de la capitale. Un jour, Marianne (Karin Viard) reçoit la visite d’un couple de vieilles personnes, frère et sœur, qui souhaitent revoir la maison de leur enfance. Après leur visite plus rien ne tourne correctement pour la famille Fauvel qui connaît malheur sur malheur et dont la source de leurs problèmes semble provenir… de leurs enfants.

Tuel signe avec Jeu d’enfants un film d’un classicisme navrant offrant une œuvre fébrile loin des films jusqu’au-boutistes et nihilistes de ces cinq dernières années en France. Le choix est évidement libre mais au fil des minutes il faut bien reconnaître que le style ampoulé du film ressemble à ses propres héros, un couple de la haute dont l’assurance sociale sombre dans un cauchemar sans fin. On devrait s’associer à leur descente en enfer mais non, à aucun moment on ne se sent réellement concerné par leur histoire et ce n’est pas faute d’apprécier l’interprétation de la belle Karin Viard qui tente de nous faire partager son incompréhension face au changement radical de leurs enfants. Mais face à un Charles Berling énervant dans son rôle de père devenant barjo et une mise en scène lourde, scolaire et tellement prévisible on ne cesse de bâiller à l’ennui nous faisant soudainement prendre conscience de l’évolution renversante du cinéma d’angoisse français depuis le début des années 2000.

Certes comparaison n’est pas raison mais il est très difficile de croire en cette histoire d’enfants possédés par l’esprit d’anciens locataires pyromanes tant la réalisation est gentille, prévisible et d’une naïveté déconcertante qui frôle par moment le ridicule dans de vaines tentatives « goresques » ou d’épouvante.

Un film trop convenu d’un réalisateur qui a peur, qui n’assume pas le genre qu’il a pourtant délibérément choisi mais qu’il n’arrive pas à exploiter par manque de culot malgré un scénario subversif donnant pour une fois le mauvais rôle à des enfants pervers. Le film répond, sans doute, à l’attente d’un certain public frileux se contentant du frisson convenu. C’est peu pour pouvoir recevoir l’assentiment ciblé des amateurs du genre à qui on ne la fait pas à coups de regards fous, assassins, de scène de sexe pudique ou encore de bouh ! prévisibles.

Non vraiment, comment apprécier un réalisateur qui ici ne s’assume pas en sachant qu’un vrai film d’horreur c’est d’abord et avant tout se débarrasser de ses inhibitions sociales pour aborder inévitablement le subversif cathartique et l’assumer contre vents et marées. Objectif non atteint pour Jeu d’enfants.

Ma cote: 4/10