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08/05/2008

Sheitan (2006)

52f9683519d55207d129f281fa6e8d4c.jpgBagarre en discothèque, vol dans une station service et rallye nocturne à fond la caisse dans les rues de Paris, Bart et sa p’tite bande terminent leur virée en pleine campagne, invités par leur amie Eve à séjourner quelques temps dans la maison de ses parents. Là, ils font la connaissance de Joseph, paysan bourru et gardien de la propriété, quelque peu (beaucoup) simplet au regard fou et inquiétant qui leur présente le restant de sa famille lourdingue.

L’histoire et le décor sont plantés, place donc aux vacances à Bourrinland. À ma gauche, les Parigos de la banlieue, petites frappes s’exprimant dans un verlan absconse, au poing facile et la queue à la place du cerveau. À ma droite, Joseph, Jeanne, Maurice, Gilou, Bébert tous issus d’une famille de consanguins aux allures suspectes et dérangeantes. Deux mondes, deux extrêmes vont s’affronter dans cette histoire délirante total portnawak au final renversant.

Kim Chapiron, le réal, s’était déjà fait remarquer en créant avec Romain Gavras en 1995 le collectif Kourtrajme qui regroupe une série d’artistes issus du domaine audiovisuel comme des acteurs, graphistes, chanteurs, réalisateurs de clips etc. Parmi ceux-ci Vincent Cassel et Mathieu Kassovitz pour les plus connus. Un collectif qui produit des œuvres trash, déjantées et transgressives comme Sheitan justement.

Une œuvre allant crescendo dans le nihilisme le plus total grâce à un Cassel démoniaque mais aussi une équipe d’acteurs amateurs qui assurent complètement dans cette histoire aux consonances Chainsaw (1974), Deliverance (1972) sans oublier Calvaire (2004). Sheitan s’inscrit donc dans cette nouvelle mouvance underground qui sévit en France depuis ces cinq dernières années avec des films totalement barjes comme Frontière(s), A l’intérieur ou le prochain Martyrs de Laugier. Des œuvres qui revendiquent foncièrement une liberté totale, un cinéma contestataire qui n’a d’autre ambition que de réveiller les consciences éteintes par un conformisme cinématographique frileux et convenu qui noie tout sur son passage dans les salles.

Mais Sheitan ce n’est pas que ça. Bénéficiant d’une photographie soignée, le film offre des scènes amenées à devenir cultes au fil du temps comme celle de la baignade, malsaine et comme irréelle, ou encore celle dévoilant la sœur de Joseph, surprenante et hilarante à la fois. Certes, le film est loin d’être un chef d’œuvre pour autant et souffre de quelques défauts comme une mise en scène parfois brouillonne et des scènes inutiles mais il faut reconnaître que l’ensemble reste percutant et contient quelques twists frapadingues bien sentis.

Une énième fois on mettra aux prises les citadins et les rednecks provinciaux dans une caricature facile et fatigante à la longue. Mais pour une fois personne ne sort vainqueur de cette joute grotesque et sociale qui pourrait ressembler à du Fellini (toute proportion gardée hein) par son côté clownesque et grossièrement peint.

Sheitan ne plaira pas à tout le monde et créera la polémique longtemps encore mais il a le mérite de ne jamais se prendre au sérieux et de sombrer dans l’hommage facile et naïf. Un film qui comporte son propre univers et qui, à l’instar de son Joseph, crache et éructe son besoin de reconnaissance dans un pays qui décidément semble plus réfractaire que ses voisins européens au cinéma de genre trash et lourdingue.

Ma cote: 7/10 

Commentaires

D'ailleurs Romain Gavras a réaliser le dernier clip de "Justice" - Stress qui est sorti depuis une semaine...

Écrit par : Benkho | 13/05/2008

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