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30/04/2008

The Addiction (1995)

5690107a9c35ca6fc667a0a784645cba.jpgEn 1995, Abel Ferrara connaît alors sa plus belle période créatrice de sa carrière. Cinq ans après son film culte The King of New York (1990) et deux ans après le mitigé film de commande Body Snatchers (1993), le réalisateur new-yorkais revient avec un film plus personnel et discret : The Addiction (1995). L’histoire d’une jeune étudiante en philosophie, Kathleen Conklin, passionnée de Nietzsche et Heidegger, qui se fait mordre un soir par une vampire devenant ainsi son propre et principal sujet d’étude pour la thèse qu’elle doit défendre à la fin de son année universitaire. Devenue dépendante de sang humain, elle met en parallèle la théorie du plus fort prônée par ses auteurs favoris allemands et sa nouvelle vie nocturne, sombrant alors dans un cauchemar sans fin et une existence morbide.

Reprenant son thème de prédilection qui montre ses héros en proie à leur côté obscur, Abel Ferrara utilise ici comme prétexte le sujet du vampirisme pour aborder cette descente aux enfers que connaît son personnage de Kathleen. Tourné en noir et blanc comme un hommage au film de Murnau, The Addiction est un film sombre, pessimiste qui montre la dépendance vitale d’une femme pour le sang comme d’autres pour la drogue à travers des symptômes et des manifestations physiques similaires. Un « Cogito ergo sum » devenu ambigu et cynique pour cette jeune fille qui connaît soudainement l’immortalité du vampire et apprend parallèlement la philosophie.

Ceux qui attendent de voir des canines surdimensionnées et une hystéro grimper au mur seront déçus. Ici rien de cela, privilégiant plutôt un réalisme conventionnel ce qui n’empêchera pas Ferrara de nous offrir au final une scène d’orgie sanglante bien gore accentuée par les contrastes du noir et blanc.

Parsemé de dialogues hautement philosophiques, le film peut paraître quelque peu prétentieux (le critique Peter Bradshaw du Guardian estimait que ce film était le meilleur de tous les temps c’est dire…) et surtout inabordable pour les allergiques de Platon et les recalés du bac. L’intérêt est à voir du côté de l’interprétation magistrale de Lili Taylor (High Fidelity, Factotum) qui trouve ici un de ses plus beaux rôles et paradoxalement (et volontairement) le plus déjanté pour une actrice qui reflète plutôt la timidité et la douceur. Epaulée pour l’occasion par un Christopher Walken toujours aussi inquiétant et félin.

The Addiction, s’il ne s’adresse donc pas à un public très large, n’en demeure pas moins un excellent film d’ambiance, à la photographie soignée et aux contrastes saisissants. Une réalisation à ne pas aborder évidement comme un film pop-corn mais plutôt comme une œuvre unique, stylisée, décrivant une introspection obscure, fidèle en cela au cinéma d’un réalisateur décidément en marge du tout Hollywood.

Ma cote: 6/10 

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