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20/03/2008

Frontière(s)

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Troisième film français coup de poing après Haute Tension et à l’intérieur, Frontière(s) était annoncé à l’instar de ses prédécesseurs comme le film qui allait donner un bon coup de pied dans la fourmilière et faire renaître le cinéma de genre en France. Pour un tel pari, Xavier Gens s’entoure d’une équipe de fidèles comme Estelle Lefébure (avec qui il a travaillé pour le film Au petit matin, 2005) et Samuel Le Bihan (idem pour Fotografik, 2006). A la production on retrouve ses comparses Luc Besson et Laurent Tolleron, la musique est signée Jean-Pierre Taieb et pour la photographie un Laurent Barès décidément talentueux. C’est donc toute une bande de sympathiques fêlés qui entreprennent cette longue et difficile gageure, tout l’art de savoir s’entourer pour un réalisateur culotté et passionné.

L’histoire ? La France est passée sous le contrôle d’un gouvernement fasciste d’extrême droite et fait la chasse à cette « racaille » des banlieues via une police expéditive et ne faisant plus dans la dentelle. Et pour ceux qui, par malheur, ne possèderaient pas les caractéristiques aryennes, cette France n’est plus la leur… Fuyant cette atmosphère délétère, une bande de petits braqueurs parisiens se perdent en pleine campagne et décident de loger dans un motel miteux tenu par des néonazis sanguinaires et cannibales.

Avec une tel scénario, inutile de dire que la tâche entreprise par Gens s’avère difficile, voire impossible, à « vendre » à des producteurs et distributeurs de l’hexagone. C’est sans compter la détermination du réal français et du bienfaiteur Canal + (via la branche French Frayeurs) qui décident de garder leur ligne créatrice, défendant scène par scène contre une censure très pesante.

Car frontière(s) est sans nul doute un film d’une violence très visuelle qui repose sur un scénario dérangeant, voire provocateur en ces temps de tensions sociétales. Avec l’utilisation d’une pellicule granulée rappelant furieusement celle employée dans les années 70 et de nombreuses références aux films de cette époque on pense inévitablement au film phare de Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse. C’est que cette famille de dégénérés fascos conviés autour d’un repas de famille sous l’emprise d’un ancien officier nazi paternaliste ça rappelle forcément quelque chose.

Filmées caméra à l’épaule, les scènes de torture pratiquées par de gros garçons bouchers (ne pas oublier le très saillant tablier de circonstance) et d’égorgements barbares se succèdent dans une ambiance poisseuse, craspeque voire vomitive. Un survival hardcore, jusqu’auboutiste et nihiliste qui rend brillamment hommage à un certain cinéma contestataire, trash et politisé venant des States ou d’Italie, contemporain ou d’époque.

Seulement voilà, Estelle Lefébure (en Baby-Sheri Moon-Firefly) et Samuel Le Bihan ont beau être terriblement bons et à contre-courant total de leurs anciens rôles, on ne peut malgré tout se demander si ce choix fut judicieux compte tenu justement de leur médiatisation people (trop) importante. Ajoutez à cela un second degré (souhaité ?) incarné par des personnages caricaturaux (le patriarche nazi et sa progéniture costumés en SA) déclamant des phrases bateau d’un autre temps et vous aurez ce sentiment dommageable de distanciation par rapport à l’histoire et à ses protagonistes. Paradoxal quand on pense à l’interprétation viscérale de Karina Testa… Situation étrange accentuée en cela par un souhait tout à fait louable de la part de Xavier gens de rendre hommage coûte que coûte à sa galerie de films cultes.

Frontière(s) est une œuvre militante, gonflée et impertinente qui a le courageux mérite de crier haut et fort que le cinéma de genre (et spécialement d’horreur) a sa place dans le paysage cinématographique trop guindé en France. Un  film fort, à la photographie très soignée, qui témoigne assurément du grand talent en devenir d’un Xavier Gens déjà fort plébiscité aux States.

Ma cote: 6/10 

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