Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

30/01/2008

Candyman (1992)

c2716d16578473b620a231542b0a70dd.jpg
Chicago, Illinois, deux étudiantes travaillent sur une thèse dont le thème est les légendes urbaines. L’une de ces légendes est celle de Candyman, ce géant noir qui tue de son crochet implanté dans son moignon ensanglanté hommes, femmes et enfants à l’appel de son nom prononcé cinq fois dans un miroir. Helen, l’une des deux étudiantes, décide d’enquêter sur le croque-mitaine qui semble sévir dans un ghetto noir du côté de Cabrini Green au risque d’y laisser sa vie.
Bienvenue dans l’univers de Daniel Robitaille alias Candyman. Une légende urbaine, un cauchemar éveillé issu de l’imagination baroque de Clive Barker et mis en lumière par Bernard Rose, réalisateur anglais jusque là peu inspiré et à la carrière inégale.
Il aura suffit d’un film, et quel film, pour faire entrer le personnage dans le cercle très fermé et très prisé des grands noms du cinéma d’épouvante.
La grande qualité de Bernard Rose dans cette œuvre intemporelle est de créer une atmosphère unique, lourde et sombre dans un enfer urbain déshumanisé et perverti socialement par la recherche de l’intérêt personnel. Implanté l’antre du boogeyman dans une cité coupe-gorge dans laquelle la jeune étudiante (émanation physique parfaite de la bourgeoisie intellectuelle snobinarde des grandes banlieues) se retrouve plongée relève tout simplement d’une idée de génie. Car enfin ce Candyman qui se nourrit de la rumeur n’est jamais que le symbole même de la victime brimée, humiliée au nom de la race parce que celui-ci avait eu le malheur d’aimer une blanche. Deux cent ans après rien ne semble avoir changé. La haine raciale est toujours présente et se confine donc désormais dans des cités lugubres dirigées par des bandes de criminels et où le fantôme du géant noir plane toujours autant le long des murs tagués de la cité. Cette dichotomie sociale qui prend naissance dans la légende est présente à chaque instant du film et rend plus difficile l’enquête que décide de mener Helen pour connaître la vérité. Mal lui en prit puisqu’elle sombre tout doucement dans une machination morbide qui fait d’elle le coupable tout désigné des meurtres atroces perpétrés pourtant par Candyman. Une chute infernale, onirique et sensuelle que Bernard Rose nous invite à suivre dans un monde cauchemardesque d’un pessimisme étouffant faisant preuve d’une grande maîtrise de la mise en scène et parvenant à nous effrayer autant que nous émouvoir. Le grand manteau de fourrure de Candyman (qui n’apparaît dans le film qu’au bout de 45 minutes) ne pouvait être revêtu que sur les épaules larges de Tony Todd. À la fois effrayant mais aussi hypnotisant l’acteur américain impose son personnage au point d’incarner le croque-mitaine à jamais dans la tête des cinéphiles malgré le grand talent de cet acteur sympathique à la voix spectrale et à la filmographique aussi importante qu’éclectique. Face à lui une Virginia Madsen, belle blonde aux yeux envoûtants, qui nous joue la Ann Darrow du monstre Candyman et qui complète remarquablement ce duo improbable.
Certaines scènes resteront longtemps dans les mémoires à l’instar de ce baiser « piquant » et de la scène finale flamboyante au propre comme au figuré. Mais la véritable héroïne du film n’est-elle pas tout simplement cette atmosphère d’outre-tombe emmenée par des chants de chorale et planant sur cette œuvre. Un film se présentant comme un conte obscur, un diptyque calqué sur la vie de la charmante Helen passée au-delà du miroir dans un sacrifice émouvant et réparateur.
Bernard Rose réussit remarquablement à nous terrifier en faisant appel à nos peurs primales enfouies dans nos mémoires comme dans les tréfonds de la ville mais tout en nous offrant une œuvre d’une poésie noire et troublante alliant à merveille le fantastique, l’horreur et le policier. Candyman, Candyman, Candyman, Candyman…
 
Ma cote: 9/10 
 

Les commentaires sont fermés.