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22/05/2007

La nuit Corvinus

6ab38acb1aa07614df6066be550136c5.jpgLa légende raconte qu’au 5ème siècle de notre ère, un homme du nom d’Alexander Corvinus, survécu à un terrible virus qui ravagea son village et fit de lui le premier immortel. Des années plus tard, son épouse, Helena, donna naissance à deux garçons dont l’un, Marcus fut mordu par une chauve-souris et devint un vampire et l’autre, William, mordu par un loup, devint un lycan ou loup garou. Les deux lignées maléfiques virent le jour.

Depuis, de la proche Transylvanie jusqu’à nos sombres forêts, la légende perdure et passe au travers du rationalisme technologique de notre monde. On a surpris il y a quelques temps encore des villageois affrontant le froid nocturne et creusant la terre gelée pour déterrer le cadavre d’un parent et lui planter un pieux en plein cœur pour conjurer définitivement le sort. D’autres encore accrochent aux devantures des maisons des gousses d’ail pour éloigner les suceurs de sang et d’autres enfin qui ne chassent qu’avec des balles en argent histoire de ne pas devenir gibier eux-mêmes. A chaque nuit de pleine lune, les rues deviennent désertes et les volets se referment précipitamment après un dernier signe de croix. Uni Stl ne déroge pas à la règle.

Chaque année, à la même époque, le village organise la Nuit Corvinus durant laquelle nous devons tous nous déguiser soit en vampires soit en lycans. Les costumes les plus fous rivalisent soit de beauté soit de réalisme ou encore d’humour. Au matin de ce jour tant attendu une chèvre est donnée en offrande aux créatures maléfiques de la forêt. Attachée au tronc d’un arbre elle attend alors son sort. Souvent elle finit dans l’enclos d’un habitant vivant dans le besoin et chapardeur occasionnel, tout le monde approuvant cette solidarité déguisée. Mais cette année rien de tel.

Alors que le bal costumé organisé dans la salle paroissiale du village battait son plein, un enfant apeuré et terrorisé entra dans la salle en criant : « Au loup ! Au loup ! ». Nous appréciâmes tous à l’unisson cette remarquable entrée en scène et applaudissions cet enfant venu pimenter cette soirée qui sombrait tout doucement dans la beuverie insouciante. Mais devant les larmes réelles du garçon nous commençâmes à émettre des doutes et à émerger de notre anesthésie. Celui-ci nous raconta alors que la chèvre n’était plus attachée et que seule la corde arrachée était restée. Armés de lampes en tous genres nous partîmes nous en rendre comptes et dûmes  bien avouer notre incrédulité face à ce mystère. Du sang fut néanmoins découvert dans les fougères environnantes et le sort de la pauvre chèvre ne faisait plus aucun doute. Nous frissonnâmes d’effroi et nous nous serrâmes inconsciemment plus près les uns des autres. C’est alors que je remarquai que nous portions tous encore nos costumes et devions offrir un spectacle pour le moins pittoresque aux animaux diurnes.

Abigael choisit alors son moment pour nous offrir un rot des plus tonitruants accompagné d’une odeur insoutenable, animale, métallique comme le sang. Tous nous aperçûmes alors un spectacle effrayant et envoûtant ne pouvant dégager notre regard ailleurs que sur la silhouette géante d’Abigael. Son costume de Lycan était vraiment splendide. Le poil était superbe et long, les pattes d’une finesse délicate et la gueule d’une laideur absolument attirante. Mais plus encore que ses dents longues et tachées écarlate c’est son regard qui imposât le silence parmi nous. Froid, lointain, ancien et dénué de cette tendresse débile que nous avions l’habitude de voir chez Abigael. Il se pourlécha les babines et sembla sourire de nous voir blêmir au fil des minutes. Le maire du village décida au grand soulagement des habitants qu’il était temps de rentrer et nous rentrâmes au pas rapide ne regardant jamais derrière nous où se trouvait Abigael. Quand celui-ci accélérait l’allure c’est tout le village, tel un troupeau de brebis, qui pressait le rythme et quand il s’arrêtait parfois pour se gratter le cou les habitants jetaient très furtivement un œil de côté, trébuchant dans les racines et jetant des cris hystériques semant derrière eux pantoufles, fausses dents de vampires en plastique ou encore masques poilus. Le clou de cette nuit mémorable fut ce hurlement déchirant jeté à la pleine lune et se répercutant sur les flancs montagneux de Transylvanie. Enfin, nous nous engouffrâmes dans la salle paroissiale non sans quelques coups de poing, coups de masque ou encore quelques coups de crocs en plastique. Nous fûmes tous sains et saufs ! Seul Abigael manquait au rendez-vous. Dans les rues désertes d’Uni Stl on pouvait entendre un loup… roter !

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